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La thermodynamique

Echanges d'énergie, grandeurs d'état, irréversibilité

La thermodynamique étudie les échanges d'énergie entre les systèmes, notamment sous forme de chaleur et de travail mécanique au sein de la matière. Elle décrit l'évolution de grandeurs comme la température, la pression, le volume et l'entropie, à l'aide de principes fondamentaux de conservation et d'irréversibilité. Elle s'applique notamment aux moteurs, aux réfrigérateurs et aux changements d'état de la matière.
    Elle repose sur quatre principes directeurs, dont deux sont fondamentaux pour comprendre le fonctionnement de l'univers :
  •   Le premier principe (conservation) : L'énergie totale d'un système isolé reste constante. Elle ne se crée ni ne se détruit, elle change seulement de forme (chaleur, travail, énergie chimique).
  •   Le deuxième principe (irréversibilité) : Si la quantité d'énergie se conserve, sa qualité se dégrade. Toute transformation spontanée dissipe de l'énergie sous forme thermique inutilisable et s'accompagne d'une création d'entropie.
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Premier principe : chaleur et travail

Un gaz enfermé sous un piston reçoit ou cède de l'énergie de deux façons : par le travail W qu'on lui impose en déplaçant le piston, et par la chaleur Q qu'il échange avec l'extérieur. Le premier principe affirme que la variation d'énergie interne ΔU du gaz est exactement la somme des deux : ΔU = Q + W. Ici la température est maintenue constante (transformation isotherme, contact avec un thermostat) : déplacez le piston et observez comment W et Q se répartissent l'énergie alors que ΔU reste nul.

Température (fixe)T = 300,0 K
Volume initial V₁10,0 L
Pression P = nRT/V—
Travail reçu par le gaz W—
Chaleur échangée Q = ΔU − W—
Variation d'énergie interne ΔU0,00 J (isotherme, gaz parfait)

W est calculé deux fois : une fois par intégration numérique de −∫P dV le long du chemin (méthode de Simpson, 4000 intervalles), une fois par la formule fermée W = −nRT·ln(V/V₁). Les deux méthodes sont confrontées ci-dessus.

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Les grandeurs d'état et les quatre transformations

Pression, volume et température sont liées par l'équation d'état du gaz parfait PV = nRT. Un même état initial peut évoluer vers un nouvel état de bien des façons ; quatre chemins particuliers portent un nom selon la grandeur qu'ils maintiennent constante (ou qu'ils isolent thermiquement). Choisissez une transformation et déplacez le curseur pour voir le point représentatif parcourir le diagramme (P, V), et comparez à chaque fois travail, chaleur et énergie interne.

État 1 — P₁200,0 kPa
État 1 — V₁10,0 L
État 1 — T₁—
État 2 — P₂—
État 2 — V₂—
État 2 — T₂—
Travail reçu W—
Énergie interne ΔU = (3/2)nRΔT—
Chaleur Q = ΔU − W—

Gaz parfait monoatomique, n = 1 mol, Cᵥ = (3/2)R, Cₚ = (5/2)R, γ = Cₚ/Cᵥ = 5/3. Le travail affiché est toujours l'aire sous la courbe entre V₁ et V₂, calculée par intégration numérique (Simpson) et confrontée à la formule propre à chaque transformation.

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Second principe : l'entropie et le sens du temps

Qu’est-ce que l’entropie (S) ?
L'entropie mesure le degré de dispersion de l'énergie (souvent vulgarisé par la notion de « désordre ») et caractérise le sens d'évolution spontané des phénomènes physiques :
  - La flèche du temps : un glaçon fond spontanément dans un verre d'eau tiède, mais l'eau tiède ne se sépare jamais spontanément en un glaçon et de l'eau plus chaude. La chaleur va toujours du corps chaud vers le corps froid. L'entropie globale augmente dans ce processus.
  - L'approche statistique (Boltzmann) : microscopiquement, l'entropie correspond au nombre de configurations possibles (micro-états $\Omega$) compatibles avec l'état observable (macro-état) selon la relation $S = k_B \ln \Omega$. Un système évolue naturellement vers l'état le plus probable statistiquement, c'est-à-dire celui qui admet le plus grand nombre de micro-états (la dispersion maximale).
Dans un système isolé, l'entropie ne diminue jamais : $\Delta S \ge 0$.

Le premier principe ne dit rien du sens dans lequel les transformations se produisent : rien, dans ΔU = Q + W, n'empêche la chaleur de passer spontanément du froid vers le chaud. C'est le second principe qui tranche, par une grandeur nouvelle, l'entropie S : dans un système isolé, S ne peut qu'augmenter (ou rester constante à la limite réversible). L'exemple le plus pur est la détente de Joule — un gaz s'échappe dans le vide, sans échanger ni chaleur ni travail avec l'extérieur, et pourtant son entropie augmente.

Travail échangé W0,00 J (paroi rigide, pas de piston)
Chaleur échangée Q0,00 J (parois isolées)
Énergie interne ΔU0,00 J (gaz parfait, T inchangée)
Entropie ΔS = nR·ln(V₂/V₁), n = 1 mol8,314 × ln 2 = 5,7628 J/K
Probabilité d'un retour spontané en V₁—

Après ouverture de la vanne, chaque molécule se trouve, indépendamment, d'un côté ou de l'autre avec probabilité 1/2. La probabilité que les N molécules se retrouvent toutes dans le compartiment de départ, par le seul hasard de leur agitation, vaut (1/2)ᴺ : pour une mole (N ≈ 6,022 × 10²³), ce nombre est si petit qu'il n'a jamais été observé — c'est en ce sens que l'irréversibilité est affaire de très grands nombres, non d'impossibilité absolue.

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Moteurs et réfrigérateurs : le cycle de Carnot

Un moteur thermique prélève de la chaleur Qc à une source chaude, en rejette une partie Qf à une source froide, et convertit le reste en travail. Le cycle de Carnot — deux isothermes et deux adiabatiques — est le plus efficace possible entre deux températures données. Le même cycle, parcouru à l'envers, consomme du travail pour extraire de la chaleur du froid et la rejeter au chaud : c'est un réfrigérateur (ou, vu de l'autre bout, une pompe à chaleur).

Chaleur prélevée à la source chaude Qc—
Chaleur rejetée à la source froide Qf—
Travail net W = Qc − |Qf|—
Rendement η = W/Qc—

Diagramme (T, S) : le cycle de Carnot y dessine un rectangle, d'aire exactement égale au travail net échangé — une vérification indépendante du calcul mené sur le diagramme (P, V).

Au sens de Boltzmann, le cycle de Carnot impose qu'aucun micro-état superflu n'est généré par des phénomènes irréversibles (frottements, gradients brusques de température). Dès qu'une irréversibilité apparaît, $\Omega_{\text{univers}}$ croît spontanément ($\Delta S > 0$), ce qui disperse une part d'énergie sous forme thermique et dégrade le travail récupérable en dessous de la limite de Carnot.

En savoir plus sur le cycle de Carnot
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Signature — les changements d'état

Chauffer un corps ne fait pas toujours monter sa température : pendant un changement d'état, toute l'énergie apportée sert à réorganiser la matière (fondre la glace, vaporiser l'eau), et la température reste bloquée le temps que dure la transition — c'est la chaleur latente. Faites glisser le curseur pour suivre 1 kg d'eau, de la glace à −20 °C jusqu'à la vapeur à 120 °C.

Phase actuelleglace
Température−20,0 °C
Glace −20→0 °C41,8 kJ
Fusion à 0 °C334,0 kJ
Eau 0→100 °C418,0 kJ
Vaporisation à 100 °C2257,0 kJ
Vapeur 100→120 °C40,0 kJ
Total3090,8 kJ

Ces mêmes transitions se lisent aussi dans le plan (pression, température) : c'est le diagramme de phase. Les frontières entre solide, liquide et gaz obéissent à la relation de Clausius–Clapeyron dP/dT = L /(T·Δv). Le point triple est l'unique endroit où les trois phases coexistent ; au-delà du point critique, liquide et gaz ne se distinguent plus.

Point triple de l'eau273,16 K ; 0,6117 kPa
Point d'ébullition normal373,15 K ; 101,325 kPa
Point critique647,10 K ; 22 064 kPa
Clausius–Clapeyron (fusion) : avec L_fusion = 333 550 J/kg et Δv = v_liquide − v_glace ≈ −9,08 × 10⁻⁵ m³/kg (la glace est moins dense que l'eau liquide), on trouve dP/dT ≈ −13,5 MPa/K : il faut environ 135 atm de plus pour abaisser de 1 °C la fusion de la glace — la pente est négative, cas rarissime parmi les corps purs.
Clausius–Clapeyron (vaporisation) près de 100 °C : L_vap = 2257 kJ/kg, Δv ≈ v_gaz (gaz parfait) ≈ 30,6 L/mol donne dP/dT ≈ +3,57 kPa/K, cohérent avec la courbe de pression de vapeur usuelle (≈ 3,6 kPa par degré autour de 100 °C).

Vérification numérique : Nₐ·k = 6,02214076×10²³ × 1,380649×10⁻²³ = J/(mol·K), à comparer à R = 8,314462618 J/(mol·K) utilisé dans tout ce cahier — la constante des gaz parfaits n'est rien d'autre que la constante de Boltzmann ramenée à l'échelle de la mole, le pont entre le microscopique de la planche 3 et le macroscopique des planches 1, 2 et 4.