Cahier animé — le moteur thermique le plus efficace qui puisse exister
Le cycle de Carnot n'utilise que deux types de transformations, choisies précisément parce
qu'elles peuvent être rendues réversibles : l'isotherme (contact avec un thermostat,
échange de chaleur à température constante) et l'adiabatique (paroi isolante, aucun échange
de chaleur).
Explorez-les séparément : ce sont les segments A→B et B→C du cycle complet
de la planche suivante.
| Pression P = nRT/V | — |
|---|---|
| Travail reçu W | — |
| Chaleur reçue Q | — |
| ΔU | 0,00 J (isotherme) |
| Température T = Th·(VB/V)^(γ−1) | — |
|---|---|
| Pression P | — |
| Travail reçu W = ΔU | — |
| Chaleur Q | 0,00 J (adiabatique) |
Gaz parfait monoatomique, n = 1 mol, γ = 5/3. Chaque grandeur est calculée deux fois — intégration numérique de Simpson et formule fermée — pour vérifier qu'elles coïncident.
Assemblons les quatre étapes : détente isotherme au chaud (A→B), détente adiabatique (B→C), compression isotherme au froid (C→D), compression adiabatique qui referme le cycle (D→A). Lancez l'animation et suivez le point parcourir la boucle pendant que la chaleur et le travail s'accumulent étape par étape.
| Chaleur cumulée reçue (A→B) | 0,00 J |
|---|---|
| Chaleur cumulée rejetée (C→D) | 0,00 J |
| Travail net cumulé | 0,00 J |
À la fin de chaque cycle : la somme des quatre variations d'énergie interne revient à zéro (le gaz retrouve son état de départ), et le travail net fourni égale exactement Qc − |Qf|.
Supposons, pour les besoins du raisonnement, qu'un moteur hypothétique atteigne un rendement η′ supérieur à celui de Carnot entre les deux mêmes sources. Utilisons son travail pour actionner à l'envers un réfrigérateur de Carnot ordinaire. En combinant les deux machines, calculons ce qu'il resterait comme effet net.
| Chaleur prélevée au chaud par le moteur (Qc) | 2 305,26 J |
|---|---|
| Travail produit W′ = η′·Qc | — |
| Chaleur rejetée au froid par le moteur | — |
| Chaleur pompée du froid par le réfrigérateur | — |
| Chaleur rejetée au chaud par le réfrigérateur | — |
Dès que η′ dépasse le rendement de Carnot (25,00 % ici), l'ensemble des deux machines, sans aucun travail net fourni de l'extérieur, fait passer spontanément de la chaleur du froid vers le chaud — ce que le second principe (énoncé de Clausius) interdit absolument. η′ > η_Carnot est donc impossible : personne ne peut faire mieux que Carnot entre ces deux températures. À la limite η′ = η_Carnot, l'effet net s'annule exactement — ce n'est plus une contradiction, c'est la réversibilité parfaite.
Parcouru dans l'autre sens (A→D→C→B→A), le cycle consomme du travail au lieu d'en fournir : il prélève de la chaleur au froid pour la rejeter au chaud. C'est un réfrigérateur si l'on s'intéresse à la chaleur retirée du froid, une pompe à chaleur si l'on s'intéresse à la chaleur livrée au chaud — la même machine, jugée par deux bouts différents.
| Rendement moteur η = 1 − Tf/Th | — |
|---|---|
| COP réfrigérateur = Tf/(Th−Tf) | — |
| COP pompe à chaleur = Th/(Th−Tf) | — |
Sur ce diagramme (T, S), le rectangle a pour aire le travail échangé, qu'on lise le cycle dans un sens (aire = travail fourni) ou dans l'autre (aire = travail consommé).
Le cycle de Carnot est réversible : chaque transformation est infiniment lente, pour que température du gaz et température de la source ne diffèrent jamais. Un tel moteur fournit donc une puissance nulle — il lui faut un temps infini pour produire le moindre travail. Un moteur réel doit tourner vite, donc échanger la chaleur à travers un écart de température fini. En 1975, Curzon et Ahlborn ont calculé le rendement qui maximise la puissance (et non plus le rendement) d'un tel moteur endoréversible : η_CA = 1 − √(Tf/Th), toujours inférieur à η_Carnot = 1 − Tf/Th, mais étonnamment proche des centrales réelles.
| Rendement de Carnot η_C = 1 − Tf/Th | — |
|---|---|
| Rendement à puissance max η_CA = 1 − √(Tf/Th) | — |
| Centrale (source : Curzon & Ahlborn, 1975) | Th (K) | Tf (K) | η Carnot | η Curzon–Ahlborn | η observé |
|---|---|---|---|---|---|
| West Thurrock (charbon, Royaume-Uni) | 838 | 298 | 64,44 % | 40,37 % | 36 % |
| CANDU (nucléaire, Canada) | 573 | 298 | 47,99 % | 27,88 % | 30 % |
| Larderello (géothermie, Italie) | 523 | 353 | 32,50 % | 17,84 % | 16 % |
Dans les trois cas, le rendement réellement observé se range à côté de η_CA, très loin du plafond théorique de Carnot : la limite absolue existe bien, mais ce n'est pas elle qui gouverne la conception des machines qui doivent produire une puissance utile en temps fini.