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Cours de Mathématiques - Analyse

La transformée de Laplace

Une intégrale change une fonction du temps en une fonction d'une variable p. Dériver devient multiplier, retarder devient multiplier encore, et une équation différentielle devient une équation algébrique. Cinq planches animées, chacune contrôlée numériquement contre les formules classiques.

1L'intégrale de Laplace

On part d'une fonction f définie sur [0 ; +∞[. On la multiplie par le noyau ept, qui écrase tout ce qui est loin de l'origine, et on ramasse l'aire de ce qui reste. Le nombre obtenu dépend de p : c'est F(p).

F(p) = ℒ{f}(p) = ∫0+∞ f(t) ept dt
① la fonction f(t)
② le noyau e^(−pt)
③ le produit — l'aire vaut F(p)
④ la transformée F(p)
Ce que montre l'animation. L'échelle verticale de la planche ③ est figée : quand p augmente, l'aire coloriée fond à vue d'œil, et le point rouge de la planche ④ descend le long de la courbe. Le noyau ne fait que peser le passé : plus p est grand, plus il ne regarde que les tout premiers instants — d'où le théorème de la valeur initiale, f(0+) = lim p F(p) quand p → +∞.

2Où l'intégrale converge

L'intégrale n'a pas toujours un sens. Si |f(t)| ≤ M eαt, le produit f(t) ept décroît dès que p > α : le nombre α est l'abscisse de convergence. Prenons f(t) = eαt cos 2t et faisons varier α.

le temps : f(t) et f(t)·e^(−pt)
la droite des p : zone interdite en gris
f(t) f(t)·e^(−pt) abscisse de convergence p = α
Le contrôle. On calcule la même intégrale tronquée à T = 60 puis à T = 120. À droite de α les deux valeurs sont identiques à 10−12 près : l'intégrale a convergé. À gauche de α elles n'ont plus rien à voir — l'une est 1010, l'autre 1020 : l'intégrale diverge, et la formule tracée en pointillé n'est plus qu'un prolongement analytique, sans intégrale derrière. En prime, la courbe se translate exactement de α : c'est la règle ℒ{eαtf} = F(p − α).

3Les quatre règles du calcul

Tout l'intérêt de la transformée tient dans ce tableau de correspondances : une opération d'analyse à gauche, une opération d'algèbre à droite. On les vérifie ici une par une sur f(t) = e−0,5t cos 2t, dont F(p) est connue.

domaine du temps
domaine de p
fonction de départ f — transformée F fonction transformée — transformée obtenue valeur en p
À retenir. Dériver revient à multiplier par p (au terme initial près), intégrer revient à diviser par p, retarder revient à multiplier par eap, et multiplier par t revient à dériver en p avec un signe moins. Ajoutez la linéarité et la convolution (ℒ{fg} = F G, vérifiée planche 4) et vous disposez de tout le calcul opérationnel d'Heaviside.

4Résoudre une équation différentielle

L'oscillateur amorti soumis à un échelon : y″ + 2ζω0y′ + ω0²y = ω0², avec y(0) = y′(0) = 0. En transformant, les dérivées deviennent des puissances de p et l'équation devient une fraction rationnelle qu'il suffit de décomposer.

Y(p) = ω0² p (p² + 2ζω0p + ω0²)
la réponse y(t)
les pôles de Y(p) dans le plan complexe
solution par Laplace intégration numérique (Runge-Kutta 4) pôles
Les pôles gouvernent tout. Ils sont à distance ω0 de l'origine et font avec l'axe réel un angle dont le cosinus vaut ζ. Leur partie réelle −ζω0 fixe la vitesse d'extinction, leur partie imaginaire ωd la période des oscillations. Quand ζ atteint 1 les deux pôles se rejoignent sur l'axe réel et les oscillations disparaissent. Le dépassement mesuré sur la courbe est comparé à la formule classique e−πζ/√(1−ζ²), et l'instant du premier maximum à π/ωd.

5Signature — remonter le temps

Reste la question inverse : connaissant F, comment retrouver f ? La réponse de Bromwich et Mellin consiste à intégrer le long d'une verticale du plan complexe, placée à droite de tous les pôles. Nous la calculons ici pour de vrai, en tronquant à ±iΩ, et nous regardons la fonction du temps réapparaître.

f(t) = 1icic+i F(p) ept dp  =  ectπ0+∞ ℛe[F(c+iω) eiωt] dω
f(t) reconstruite depuis F(p)
le chemin d'intégration dans le plan complexe
fonction exacte reconstruction tronquée à Ω pôles de F
Trois faits mesurés à l'écran. ① Loin des sauts, l'erreur décroît en 1/Ω : le produit erreur × Ω reste voisin d'une constante quand on déplace le curseur. ② Au voisinage d'un saut l'ondulation ne s'aplatit jamais, elle se resserre : son premier maximum tombe en t = π/Ω et dépasse la marche de 8,9490 % — le phénomène de Gibbs, ici sur une intégrale de Laplace. ③ Le choix de la verticale c est théoriquement libre à droite des pôles : deux verticales différentes donnent la même fonction, et leur écart tend vers zéro quand Ω grandit. Numériquement, en revanche, le facteur ect amplifie l'erreur de troncature — prendre c trop grand ruine le calcul, ce que le curseur montre sans détour.

·Table des transformées usuelles

f(t), t ≥ 0F(p)domaine
1 (échelon unité)1/pℛe p > 0
tn, n entiern! / pn+1ℛe p > 0
eat1/(p − a)ℛe p > a
t eat1/(p − a)²ℛe p > a
sin ωtω/(p² + ω²)ℛe p > 0
cos ωtp/(p² + ω²)ℛe p > 0
eat sin ωtω/((p − a)² + ω²)ℛe p > a
eat cos ωt(p − a)/((p − a)² + ω²)ℛe p > a
sh ωtω/(p² − ω²)ℛe p > |ω|
ch ωtp/(p² − ω²)ℛe p > |ω|
u(t − a), a > 0e−ap/pℛe p > 0
δ(t) (impulsion)1tout p
1/√(πt)1/√pℛe p > 0
f′(t)p F(p) − f(0+)
0t fF(p)/p
t f(t)−F′(p)
(f ∗ g)(t)F(p) G(p)
Deux théorèmes de bout de table. Valeur initiale : f(0+) = limp→+∞ p F(p). Valeur finale : limt→+∞ f(t) = limp→0 p F(p), à condition que la limite temporelle existe — appliquée étourdiment à F(p) = ω/(p² + ω²) elle donnerait 0 pour un sinus qui n'a pas de limite. Et l'unicité (théorème de Lerch) garantit que deux fonctions continues ayant la même transformée sont égales : la table se lit donc dans les deux sens.