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Arithmétique et algèbre

La théorie algébrique des nombres

La théorie algébrique des nombres est une branche des mathématiques qui étudie les nombres à l'aide d'outils de l'algèbre. Elle élargit l'étude des entiers et des nombres premiers à de nouveaux ensembles de nombres.

Elle cherche notamment à comprendre :
  1. Comment les nombres se décomposent en facteurs dans ces ensembles élargis.
  2. Quels nombres y jouent le rôle des nombres premiers.
  3. Comment ces propriétés permettent de résoudre des équations en nombres entiers, comme x² + y² = z².
Un objet central est le nombre algébrique : un nombre qui est solution d'une équation polynomiale à coefficients entiers. Par exemple, √2 est algébrique, car il vérifie x² − 2 = 0. Les cinq planches qui suivent construisent, sur des exemples entièrement calculés et vérifiés, les trois réponses ci-dessus — jusqu'à la découverte de Kummer qui répare, par les idéaux, une factorisation unique qui peut réellement se briser.
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Le nombre algébrique

un nombre algébrique et tous ses conjugués — les racines d'un même polynôme minimal
Nombres à examiner
—

Un nombre algébrique α est racine d'un polynôme P à coefficients entiers : P(α) = 0. Parmi tous les polynômes qui s'annulent en α, un seul, à un facteur constant près, est de plus petit degré : c'est le polynôme minimal de α, et son degré est le degré de α. Ses autres racines — les conjugués de α — sont tracées avec lui sur le plan complexe : leur nombre est exactement le degré. √2 et −√2 sont conjugués (degré 2) ; ∛2 a deux conjugués complexes en plus de lui-même (degré 3) ; une racine cinquième primitive de l'unité en a trois (degré 4).

Le bouton de recherche exhaustive teste, en direct, tous les polynômes de degré ≤ 4 à coefficients entiers compris entre −6 et 6 (soit 13⁵ = 371 293 polynômes) et retient celui dont la valeur en α est la plus proche de zéro. Pour un nombre algébrique de petit degré, la recherche retrouve un multiple du polynôme minimal, à la précision machine près. Pour π ou e, aucun polynôme testé ne s'approche vraiment de zéro : c'est cohérent avec leur transcendance — un théorème (Hermite 1873 pour e, Lindemann 1882 pour π), pas une conséquence de cette seule recherche finie.
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Entiers algébriques et anneaux

quatre ensembles élargis, chacun un réseau du plan, chacun sa notion de norme et d'unité
Anneau d'entiers algébriques

Un entier algébrique est racine d'un polynôme unitaire (coefficient dominant 1) à coefficients entiers. L'ensemble des entiers algébriques d'un corps de nombres forme un anneau : on peut y additionner, soustraire et multiplier sans en sortir. Les quatre anneaux ci-dessus sont chacun un réseau régulier du plan ; cliquez un point pour lire ses coordonnées et sa norme — le produit de l'élément par tous ses conjugués, qui généralise la valeur absolue.

Les unités — éléments de norme ±1, en or sur le dessin — jouent le rôle de 1 et −1 dans ℤ : elles divisent tout. ℤ[i] en a 4, ℤ[ω] en a 6, presque tous les autres anneaux quadratiques imaginaires n'en ont que 2 (±1, seuls à ne rien ajouter). ℤ[√2] est différent : l'équation de Pell a²−2b²=±1 a une infinité de solutions entières, donc une infinité d'unités — la marche d'escalier visible sur son réseau (tracé ici par le plongement de Minkowski (a+b√2, a−b√2), qui transforme même un anneau de nombres réels en authentique réseau du plan).
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Qui sont les nombres premiers ?

un premier de ℤ peut se scinder, rester premier, ou se ramifier dans ℤ[i] — et cela résout x² + y² = z²
triangle rectangle (x, y, z) tracé à l'échelle

Dans ℤ[i], un nombre premier p de ℤ peut perdre son statut de premier. S'il existe a,b entiers avec a²+b²=p, alors p = (a+bi)(a−bi) se scinde en deux facteurs non triviaux : c'est le cas exactement quand p ≡ 1 (mod 4). Si p ≡ 3 (mod 4), aucune décomposition n'existe : p reste inerte, toujours premier dans ℤ[i]. Le cas p=2 est à part : 2 = −i(1+i)², il se ramifie — ses deux facteurs sont, à une unité près, le même.

Cette trichotomie répond directement à la question posée en tête de page : un entier z est une somme de deux carrés x²+y² exactement quand chacun de ses facteurs premiers ≡ 3 (mod 4) apparaît à une puissance paire (théorème des deux carrés de Fermat). La planche du bas construit des triplets pythagoriciens à partir de ce principe : pour m > n > 0 premiers entre eux et de parités différentes, (m+ni)² = (m²−n²) + 2mn·i donne x=m²−n², y=2mn, z=m²+n² — et z, étant une norme, n'a que des facteurs premiers 2 ou ≡ 1 (mod 4), vérifiable sur chaque triplet affiché.

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Quand la factorisation unique se brise

dans ℤ[√−5], le nombre 6 se factorise de deux façons vraiment différentes
2, 3, 1+√−5 et 1−√−5 placés dans le réseau ℤ[√−5], avec leurs normes
Vérifier qu'aucun élément n'a la norme k

Dans ℤ, tout entier se factorise en nombres premiers d'une seule façon (théorème fondamental de l'arithmétique). Dans ℤ[√−5], ce n'est plus vrai : 6 = 2 × 3, mais aussi 6 = (1+√−5)(1−√−5), et ces quatre facteurs — 2, 3, 1+√−5, 1−√−5 — sont tous irréductibles : aucun ne se factorise davantage. On le vérifie par les normes (N(a+b√−5) = a²+5b²) : N(2)=4, N(3)=9, N(1±√−5)=6. Si l'un de ces éléments se factorisait en deux facteurs non-unités, l'un des deux aurait une norme 2 ou 3 — et le bouton de recherche confirme, sur une plage étendue de a et b, qu'aucun élément de ℤ[√−5] n'atteint ces deux normes.

ℤ[i] et ℤ[ω] (planche 2), eux, sont des anneaux à factorisation unique — aucun exemple de ce genre n'y existe. La différence tient à une propriété plus fine que la seule existence d'entiers algébriques : c'est le petit nombre de classes d'idéaux de ℤ[√−5] (il vaut 2, contre 1 pour ℤ[i] et ℤ[ω]) qui est responsable de cet échec — la planche suivante montre comment le réparer.
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La réparation de Kummer : les idéaux

signature
quand les nombres ne suffisent plus à factoriser, on factorise des ensembles de nombres
les idéaux premiers P₂, P₃, P₃′ comme sous-réseaux de ℤ[√−5]
Multiplier deux idéaux (calculé en direct par forme de Hermite)
×

Ernst Kummer a proposé, en 1847, de ne plus factoriser les nombres mais des idéaux — des ensembles de multiples, stables par addition et par multiplication par tout élément de l'anneau. Deux idéaux se multiplient en engendrant l'ensemble de tous les produits de leurs éléments ; ici, chaque idéal est représenté par sa base canonique — sa forme normale de Hermite — calculée en direct, ce qui permet de comparer deux idéaux ou de vérifier une égalité au bit près.

Les idéaux P₂ = (2, 1+√−5), P₃ = (3, 1+√−5) et P₃′ = (3, 1−√−5) ne sont pas principaux — aucun élément unique ne les engendre — et pourtant ce sont, en un sens précis, les vrais nombres premiers de ℤ[√−5]. Le panneau ci-dessus vérifie en direct que P₂² = (2), que P₃·P₃′ = (3), que P₂·P₃ = (1+√−5) et que P₂·P₃′ = (1−√−5) : les deux factorisations élémentaires de la planche 4 ne sont donc que deux regroupements différents d'une seule et même factorisation en idéaux premiers, P₂²·P₃·P₃′. Le théorème fondamental de l'arithmétique est réparé — un cran plus haut, au niveau des idéaux plutôt que des nombres.

C'est exactement ce détour — remplacer les nombres par des idéaux quand il le faut — que la théorie algébrique des nombres généralise à tous les corps de nombres, pour continuer à répondre, dans n'importe quel ensemble élargi, aux trois questions posées en ouverture de cette page.