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Symétrie et courbure

Le théorème magique de Conway

Conway a trouvé une façon de compter les symétries qui transforme une classification pénible en une addition d'écolier. À chaque sorte de symétrie il attribue un prix ; la somme des prix d'un motif est son coût ; et ce coût décide de tout. Moins de 2, le motif vit sur une sphère. Exactement 2, il vit sur le plan — et il n'y a que dix-sept façons de payer exactement 2. Plus de 2, il vit dans le plan hyperbolique, où les possibilités deviennent innombrables. Le coût n'est rien d'autre que la courbure, déguisée en monnaie.

Le coût d'une signature vaut 2 − χ, où χ est la caractéristique d'Euler de l'orbifold. Une géométrie plate exige χ = 0, donc un coût de 2 exactement. L'énoncé, une fois traduit
Planche I

Le tarif

Cinq sortes de symboles, cinq prix. Une anse ○ coûte 2. Un miroir * coûte 1, et un croisement × aussi. Un centre de rotation d'ordre n libre coûte (n−1)/n — presque 1 quand n est grand, seulement 1/2 pour un demi-tour. Et un coin d'ordre n posé sur un miroir coûte moitié moins, (n−1)/2n, parce que le miroir en a déjà payé la moitié. Composez une signature ci-dessous et regardez la caisse.

centres de rotation libres

miroir, puis ses coins

anse et croisement

 
coût total
χ = 2 − coût
géométrie
groupe correspondant

Pourquoi le coin coûte la moitié. Un centre de rotation d'ordre n qui ne touche aucun miroir est entouré de n secteurs équivalents ; posé sur un miroir, il n'en a plus que n demi-secteurs de chaque côté, et le miroir a déjà replié la moitié du voisinage. C'est exactement le facteur 2 qui distingue *2222 de 2222, ou *333 de 333 — et c'est ce facteur qui rend l'addition finale possible.

Planche II

Trois régimes, une seule addition

Énumérons toutes les signatures possibles jusqu'à un ordre donné, et portons-les en fonction de leur coût. Le tableau se sépare de lui-même en trois : à gauche du 2, les groupes de la sphère — rosaces, polyèdres réguliers ; sur la barre du 2, les dix-sept papiers peints ; à droite, le plan hyperbolique, où le nombre de possibilités explose. La barre du 2 n'a aucune épaisseur : c'est une frontière, et toute la question est de savoir combien de points s'y trouvent exactement.

Chaque point est une signature ; la hauteur donne le nombre de signatures de ce coût.

coût < 2 (sphère)
coût = 2 (plan)
coût > 2 (hyperbolique)
coût le plus fréquent

Le coût est une courbure. Pour un orbifold, la formule de Gauss–Bonnet s'écrit ∫K = 2π·χ, et le coût vaut 2 − χ. Une géométrie sphérique impose χ > 0 donc un coût inférieur à 2 ; une géométrie plate impose χ = 0 donc un coût de 2 ; une géométrie hyperbolique impose χ < 0 donc un coût supérieur. L'addition de Conway n'est pas un truc mnémotechnique : c'est Gauss–Bonnet écrit en centimes.

Planche III

Coût 2 : dix-sept, et pas un de plus

La démonstration est un arbre de cas, et il est court parce que les prix sont minorés : un centre de rotation coûte au moins 1/2, donc il y en a au plus quatre ; un miroir coûte 1, donc il y en a au plus deux ; une anse coûte 2, donc elle est seule. L'énumération complète tient en sept branches, et chacune se ferme à la main.

L'arbre est reconstruit à chaque changement ; les effectifs sont comptés, pas écrits d'avance.

signatures de coût 2
branches non vides
ordre maximal utile
toutes reconnues
signaturegroupebranchedétailtotal

Pourquoi l'ordre 7 ne sert jamais. Une signature de coût 2 ne peut contenir un centre d'ordre n que si le reste du budget se referme exactement, et les fractions (n−1)/n ne se complètent en 2 qu'avec des dénominateurs 2, 3, 4 et 6. C'est la restriction cristallographique, obtenue ici par une pure comptabilité : on n'a jamais eu besoin de parler de réseau.

Planche IV

Coût < 2 : les quatorze types de la sphère

De l'autre côté de la frontière, le même comptage donne les groupes de symétrie de la sphère — ceux des rosaces, des flocons et des polyèdres. Il y en a une infinité, mais ils se rangent en sept familles indexées par un entier n, plus sept groupes exceptionnels : ceux du tétraèdre, du cube et du dodécaèdre. Quatorze types en tout, et pas un de plus.

Glissez sur la sphère pour la faire tourner.

signature
coût
χ = 2 − coût
ordre du groupe
triangles tracés

Les sept familles. nn est le groupe cyclique d'ordre n ; *nn lui ajoute des miroirs passant par l'axe ; n* un miroir équatorial ; une antiprismatique ; 22n le groupe diédral des rotations ; *22n le prisme complet ; 2*n l'antiprisme complet. Faire tendre n vers l'infini fait tendre le coût vers une limite qui n'atteint jamais 2 : la sphère ne devient jamais plate, elle se contente de s'en approcher.

Planche V

Le même triangle, trois géométries

L'élément décisif. Prenez la signature *pqr — un miroir et trois coins — et laissez le coût décider. Son coût vaut 5/2 − (1/p + 1/q + 1/r)/2 ; il est inférieur, égal ou supérieur à 2 selon que la somme des inverses dépasse 1, l'égale ou lui reste inférieure. Le programme ci-dessous ne sait pas dans quelle géométrie il travaille : il construit trois miroirs à partir des trois angles, les réfléchit les uns dans les autres, et c'est le signe d'un discriminant qui l'envoie sur la sphère, sur le plan ou dans le disque de Poincaré.

2 3 6 et 2 4 4 et 3 3 3 sont les trois seuls triangles plats.

signature
1/p + 1/q + 1/r
coût
discriminant
géométrie

sphèreplanhyperbolique

Trois triangles plats, et c'est tout. Les solutions entières de 1/p + 1/q + 1/r = 1 sont (2,3,6), (2,4,4) et (3,3,3) : ce sont les trois seuls triangles qui pavent le plan par réflexions, et ils engendrent p6m, p4m et p3m1. Au-dessus de 1, on tombe sur la liste finie des triangles sphériques ; au-dessous, sur une infinité de triangles hyperboliques dont Escher a gravé quelques-uns — Circle Limit IV est le triangle (4,3,3) mis en anges et démons. Le passage d'un régime à l'autre ne demande pas de changer de programme : il suffit qu'un carré change de signe.

Les signatures sont énumérées exhaustivement, leurs coûts calculés en fractions exactes, et les pavages engendrés par réflexions successives à partir de trois miroirs dont la matrice de Gram est construite depuis les angles ; la forme bilinéaire diag(1, 1, ±1) suffit à couvrir la sphère et le plan hyperbolique.