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Les suites de nombres

Fibonacci, le nombre d'or, et les autres — cinq planches à manipuler

Une suite, c'est une liste de nombres rangés dans l'ordre : un premier, un deuxième, un troisième… Ce qui intéresse le mathématicien, ce n'est pas la liste elle-même, c'est la règle qui fabrique chaque terme à partir de son rang ou de ses prédécesseurs. Toutes les planches qui suivent calculent réellement leurs nombres, et vérifient chaque formule annoncée contre le calcul brut.

1 La règle, les termes, la limite

Deux façons de décrire une même suite. Par récurrence : on donne le premier terme et le moyen de passer d'un terme au suivant. Par formule explicite : on donne un directement en fonction de n, sans passer par les précédents. Les deux colonnes de lecture ci-dessous sont calculées séparément — leur écart mesure si la formule est juste.

Les termes en fonction du rang. Le trait rouge marque le terme choisi.

Les mêmes termes posés sur l'axe des valeurs : on voit s'ils s'accumulent quelque part.

Règle de récurrence
Formule explicite
un par récurrence
un par la formule
écart entre les deux
Somme u0+…+un terme à terme
La même par la formule
écart entre les deux
Comportement quand n grandit
Ce que montre la planche Une suite arithmétique avance par pas constant : ses points sont alignés, et elle ne se stabilise jamais (sauf si r = 0). Une suite géométrique multiplie : elle s'écrase vers 0 dès que |q| < 1, elle explose dès que |q| > 1, et pour q négatif elle saute d'un côté à l'autre à chaque pas. Poussez q vers 1 : la somme des termes gonfle sans fin, alors qu'à q = 0,85 elle reste sagement sous u0/(1−q).

2 Fibonacci : chaque terme est la somme des deux précédents

En 1202, Leonardo de Pise pose un problème d'élevage : un couple de lapins devient adulte en un mois, puis engendre un nouveau couple chaque mois. Combien de couples au bout d'un an ? Le compte donne 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21… — chaque nombre est la somme des deux précédents. Les nombres ci-dessous sont calculés en entiers exacts (aucun arrondi), ce qui permet de vérifier des identités à la virgule près.

Des carrés de côtés 1, 1, 2, 3, 5, 8… s'emboîtent sans trou : c'est l'addition Fn−1+Fn = Fn+1 vue en surface. Les quarts de cercle dessinent la spirale.

L'élevage de Leonardo. Disque plein : couple adulte, qui engendre. Cercle vide : couple jeune, qui grandit. Le total par ligne est un nombre de Fibonacci.

Fn (calcul entier exact)
Nombre de chiffres de Fn
Somme F1+…+Fn
Fn+2 − 1
Cassini : Fn−1Fn+1 − Fn²
Binet arrondi : φⁿ/√5
Binet retombe-t-il sur l'entier ?
Couples de lapins au bout d'un an
Deux vérifications qui ne trichent pas L'identité de Cassini vaut exactement +1 ou −1 selon la parité de n, sans le moindre reste : les entiers sont manipulés en précision illimitée, pas en virgule flottante. La formule de Binet, elle, calcule Fn sans récurrence à partir de φ — et elle tombe juste jusqu'à n = 70. À n = 71, elle annonce 308 061 521 170 130 au lieu de 308 061 521 170 129 : ce n'est pas la formule qui est fausse, ce sont les seize chiffres de la machine qui ne suffisent plus.

3 Le nombre d'or sort de la suite tout seul

Divisez un terme de Fibonacci par le précédent : 1 ; 2 ; 1,5 ; 1,666… ; 1,6 ; 1,625… Les valeurs sautent au-dessus, puis en dessous, puis au-dessus, en resserrant l'étau autour d'un nombre qui n'a rien demandé : φ = (1+√5)/2. Rien dans la règle « additionne les deux précédents » n'annonçait sa venue. À droite, la même limite atteinte par un tout autre chemin, en partant de n'importe quel nombre positif.

Les rapports Fn+1/Fn encadrent φ (trait horizontal) en alternant.

On part de x0 et on applique sans cesse x ↦ 1 + 1/x. La toile d'araignée converge vers le point où la courbe croise la diagonale : φ.

Rapport Fn+1/Fn
φ = (1+√5)/21,618033988750
écart lu en virgule flottante
écart exact, valant ψⁿ/Fn
|écart| × φ2n
vers √5 =2,236067977500
Pente mesurée de log₁₀|écart|
Attendue : log₁₀(1/φ²)−0,417975280500
Toile : valeur après les tours
Un zéro qui n'en est pas un Passé n = 40, l'écart lu en virgule flottante affiche exactement 0 : les deux nombres sont devenus indiscernables dans les seize chiffres disponibles. L'écart réel, lui, continue de décroître — la formule ψⁿ/Fn le suit jusqu'à n = 80 et bien au-delà. Multiplié par φ2n, il se fige sur √5 : à chaque pas, l'erreur est divisée par φ² = 2,618, ce que confirme la pente mesurée sur le graphique logarithmique.

4 Cinq autres suites qui ont un nom

Fibonacci n'est qu'un cas particulier. Changez les coefficients de la règle, ou la façon de compter, et vous obtenez d'autres familles — chacune avec sa constante de croissance, sa géométrie et son identité vérifiable. Chaque onglet recalcule tout, y compris les contrôles indépendants.

5 Toutes ces suites obéissent à deux racines

Prenez la règle la plus générale à deux termes : un+1 = a·un + b·un−1. Écrivez l'équation x² = a·x + b et résolvez-la. Les deux racines gouvernent tout : la plus grande donne la vitesse de croissance, leur rapport donne la vitesse de convergence, et si elles sont complexes, la suite tourne au lieu de croître. Cette planche vérifie chacune de ces affirmations en mesurant, pas en récitant.

Le plan des états : on place le point (un ; un+1), ramené sur le cercle pour n'en garder que la direction. Les deux droites propres sont tracées.

log₁₀|un| en fonction de n. Une droite : croissance géométrique. Sa pente est log₁₀ du module de la racine dominante.

Équation caractéristique
Discriminant a² + 4b
Racine dominante λ₁
Seconde racine λ₂
Rapport un+1/un mesuré
Pente mesurée de log₁₀|un|
Attendue : log₁₀|λ₁|
Périodicité détectée
Ce qui se passe
La graine qui devrait échapper à φ Il existe un départ pour lequel la suite de Fibonacci ne grandit pas : u0 = 1, u1 = ψ = −0,618033988750, la seconde racine. La suite vaut alors ψⁿ et fond vers zéro. Choisissez ce réglage et regardez le graphique de droite : la courbe descend en droite ligne jusque vers n = 38, puis se retourne et remonte avec la pente de φ. Rien n'a changé dans la règle — c'est l'arrondi de la seizième décimale du départ qui contient une pincée de la direction dominante, et cette pincée, multipliée par φ à chaque pas, finit toujours par l'emporter.