francebalade.fr       Cours de Mathématiques       Table des matières       Votre avis sur ce site

La grammaire de la symétrie

Les quatre isométries du plan

Une isométrie du plan est une application qui conserve les distances. On pourrait croire qu'il y en a une infinité de sortes ; il y en a exactement quatre — translation, rotation, réflexion, réflexion glissée — et deux questions suffisent à trancher : l'orientation est-elle conservée ? et y a-t-il un point fixe ? Deux questions, quatre réponses, quatre isométries. Tout le reste — les rosaces, les sept frises, les dix-sept papiers peints — n'est que de l'assemblage à partir de ces quatre briques.

Toute isométrie du plan est le produit d'au plus trois réflexions. Aucune n'en demande davantage, et cette borne à elle seule impose la classification. Le théorème des trois miroirs
Planche I

Deux questions, quatre réponses

Réglez une isométrie quelconque à l'aide des curseurs : un angle, un vecteur, et le choix de conserver ou non l'orientation. La page ne connaît que ces trois nombres — elle en déduit l'espèce, puis calcule et dessine l'objet qui la caractérise : le centre pour une rotation, l'axe pour une réflexion, l'axe et le glissement pour une glissée. Le tableau de droite s'allume dans la case correspondante.

Ces trois réglages décrivent toutes les isométries du plan, sans exception.

espèce
orientation
points fixes
objet caractéristique
ordre si fini

figure d'origineimage directeimage renverséeaxecentre

Le cas limite qu'on oublie. Une rotation d'angle nul est une translation ; une translation de vecteur nul est l'identité. Les quatre espèces ne sont donc pas disjointes aux bords, et c'est normal : la vraie classification porte sur les classes de conjugaison, où l'identité, les translations et les rotations forment trois familles distinctes. Faites tourner l'angle jusqu'à 0° en gardant une translation : l'espèce bascule sous vos yeux.

Planche II

Trois points, trois miroirs

Une isométrie est entièrement déterminée par les images de trois points non alignés — et la démonstration est constructive. Amenez le premier point sur son image par une réflexion : la médiatrice du segment fait l'affaire. Recommencez avec le deuxième, puis le troisième. Chaque étape fixe un point de plus sans défaire les précédents, et l'affaire est réglée en trois miroirs au maximum. La page exécute cette construction et compte les miroirs employés.

miroirs nécessaires
parité
espèce reconstituée
écart après reconstruction

Pourquoi la parité suffit à tout classer. Un miroir renverse l'orientation ; un produit de k miroirs la conserve si et seulement si k est pair. Comme il en faut au plus trois, les isométries directes sont les produits de zéro ou deux miroirs — identité, rotations, translations — et les indirectes les produits d'un ou trois — réflexions et glissées. La classification en quatre espèces est une conséquence de la seule borne « trois ».

Planche III

La table de composition

Composer deux isométries en donne une troisième — mais laquelle ? La règle des signes est immédiate : deux directes font une directe, une directe et une indirecte font une indirecte, deux indirectes font une directe. Le reste demande un calcul, que la page fait en direct pour les seize combinaisons. Et l'ordre compte : fg et gf sont de même espèce mais n'ont ni le même centre ni le même axe.

f ∘ g
g ∘ f
même espèce ?
commutent ?
écart entre les deux
f ∘ gtranslationrotationréflexionglissée

Le résultat le plus utile de la table. Deux rotations d'angles α et β se composent en une rotation d'angle α + β, sauf si α + β est un multiple de 360° — auquel cas le résultat est une translation. C'est cette exception qui fait exister les translations dans les groupes de pavage engendrés uniquement par des rotations : dans p2, les demi-tours autour de deux centres voisins engendrent la translation qui les sépare, doublée.

Planche IV

Les sept frises

Donnez-vous une seule direction de translation — un bandeau, une grecque, une broderie, une balustrade — et demandez quelles autres isométries peuvent s'y ajouter. Il n'y a que sept réponses. Chacune se lit comme une recette : celle-ci n'a que la translation, celle-là y ajoute un miroir vertical, cette autre un demi-tour, cette dernière une glissée seule. La réflexion glissée, la plus discrète des quatre, est celle qui distingue deux des sept — et sans elle il n'y en aurait que cinq.

Cliquez une frise pour lire ses générateurs.

frise choisie
notation de Conway
copies par période
isométries employées
frises utilisant la glissée

Avant les frises, les rosaces. Si l'on s'interdit toute translation, il ne reste que les groupes finis : les cycliques Cn, faits de n rotations, et les diédraux Dn, qui y ajoutent n miroirs. C'est le théorème de Léonard de Vinci, qui l'utilisait pour recenser les plans de chapelles centrées possibles. Une dimension de translation donne les sept frises ; deux dimensions donnent les dix-sept papiers peints. La progression 2 familles, 7, 17 tient tout entière au nombre de directions dans lesquelles on peut s'échapper.

Planche V

Transporter une isométrie

L'élément décisif, et la raison profonde pour laquelle il n'y a que quatre espèces. Prenez une isométrie f et une autre g quelconque, et formez la conjuguée gfg−1. Elle fait à la figure transportée par g exactement ce que f faisait à la figure d'origine : son centre est l'image du centre, son axe l'image de l'axe, son glissement l'image du glissement. L'espèce, elle, ne change jamais. C'est ce qui fait que « rotation », « réflexion », « glissée » sont des notions intrinsèques et non des accidents de repère.

l'isométrie g qui transporte

espèce de f
espèce de g f g⁻¹
angle de f
angle de la conjuguée
objet transporté correctement

objet de fobjet de la conjuguéeimage par g

Ce que la conjugaison classe.
Deux isométries conjuguées sont « la même à un déplacement près » : elles ont même espèce, même angle au signe près, même longueur de glissement. Les classes de conjugaison du groupe des isométries du plan sont donc l'identité, les translations selon leur longueur, les rotations selon leur angle, les réflexions — toutes conjuguées entre elles — et les glissées selon la longueur du glissement. C'est cette liste, et non le dénombrement des dessins possibles, qui constitue la véritable classification des isométries du plan.