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Physique

Le moteur électrique et le transformateur

Un courant dans un champ subit une force : c'est le moteur. Un champ qui varie fait naître une tension : c'est le transformateur. Deux machines, deux faces d'un même phénomène, qui font tourner les trains, les ventilateurs et les voitures électriques, et qui acheminent l'électricité des centrales jusqu'aux prises. Cinq planches pour les démonter pièce par pièce, chiffres vérifiés à l'appui.

Deux lois suffisent

Tout ce qui suit découle de deux lois vues sur la page « Le magnétisme et ses applications ». La force de Laplace : un fil de longueur L, parcouru par un courant I dans un champ B, est poussé avec une force F = ILB. La loi de Faraday : un flux qui varie fait apparaître une tension e = −dΦ/dt. Le moteur utilise la première, le transformateur la seconde, et chaque moteur en marche obéit aussi à la seconde, car en tournant il produit une tension qui s'oppose à celle qu'on lui applique.

Le voyage d'un kilowatt : produit par un alternateur, élevé à 400 kV par un transformateur, transporté, abaissé à 230 V, puis rendu en mouvement par un moteur. Les points qui circulent représentent l'énergie, non les électrons.
MachineLoi utiliséeCe qui entreCe qui sortPlanche
Rail de LaplaceForce de LaplaceCourantForce, mouvement1
Moteur à courant continuLaplace, puis Faraday (force contre-électromotrice)Tension continueRotation2, 3
TransformateurFaradayTension alternativeTension alternative plus haute ou plus basse4
Moteur asynchroneFaraday puis Laplace, dans un champ tournantCourant triphaséRotation5
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La force de Laplace : le rail qui accélère

Question : un courant dans un champ magnétique peut-il pousser un objet ? Posez une tige métallique sur deux rails reliés à une pile, le tout dans un champ vertical B. Le courant traverse la tige, qui est poussée le long des rails avec la force F = ILB. Mais dès qu'elle bouge, la tige balaie une surface : le flux change et une tension BLv apparaît, opposée à la pile (loi de Lenz). Le courant diminue donc à mesure que la tige accélère.

I = (U − BLv) / R  ·  m dv/dt = ILB  ⟹  v(t) = v∞(1 − e−t/τ),   v∞ = U/(BL),   τ = mR/(BL)²
■ vitesse calculée pas à pas (Runge-Kutta 4), ■ formule exacte, ■ courant. Le trait gris suit l'instant de l'animation (ralentie).
Courant et force au démarrage (écartement L = 10 cm)
—
Vitesse limite mesurée (t = 12τ)
—
U/(BL)
—
Constante de temps mesurée (63,2 % de la vitesse limite)
—
mR/(BL)²
—
Bilan : énergie fournie par la pile / (chaleur + énergie cinétique)
—
Ce qu'il faut retenir. La tige n'accélère pas indéfiniment : elle plafonne à la vitesse où la tension qu'elle produit égale celle de la pile, et le courant tombe à zéro. Le bilan d'énergie est instructif : jusqu'à la vitesse limite, la pile a fourni deux fois l'énergie cinétique de la tige, et la moitié est partie en chaleur dans la résistance. Ce même principe propulse les canons électromagnétiques, et, enroulé en cercle, il devient un moteur.
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Une spire qui tourne, et l'astuce du collecteur

Question : comment transformer une poussée en rotation continue ? Enroulons le fil en spire, entre les pôles d'un aimant. Les deux côtés de la spire sont poussés en sens contraires : c'est un couple, qui la fait tourner. Mais ce couple change de signe à chaque demi-tour : sans précaution, la spire oscille puis s'arrête face au champ, comme une boussole. La solution, le collecteur, inverse le courant à chaque demi-tour pour que la poussée garde le même sens.

Γ = NISB sin α    (α : angle entre la normale à la spire et le champ)
La spire (orange), sa normale (violet) et les forces de Laplace sur ses deux côtés (rouge). Le demi-anneau fendu au pied de l'axe est le collecteur, contre lequel frottent deux balais.
Couple moteur en fonction de l'angle : ■ réglage choisi, ■ sa moyenne sur un tour. Point rouge : position de la spire.
Couple maximal NISB (N = 50, S = 16 cm², B = 0,4 T)
—
Couple moyen sur un tour (Simpson)
—
Prévu
—
Vitesse moyenne atteinte (frottement visqueux)
—
Contrôle : couple moyen dans le temps / (frottement × vitesse moyenne)
—
Ce qu'il faut retenir. Sans collecteur, le couple moyen sur un tour est nul : la spire finit immobile, face au champ. Avec collecteur, il vaut 2/π ≈ 64 % du couple maximal, et la spire tourne. Le couple reste irrégulier, d'où les moteurs réels à plusieurs bobines décalées, qui lissent la poussée. Les balais qui frottent s'usent et font des étincelles : c'est pour s'en passer qu'on a inventé les moteurs à champ tournant de la planche 5.
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Le moteur à courant continu en fonctionnement

Question : pourquoi un moteur ralentit-il quand on le charge, et pourquoi appelle-t-il un fort courant au démarrage ? En tournant à la vitesse ω, le rotor produit une force contre-électromotrice E = kω qui s'oppose à la tension d'alimentation. Le courant ne dépend que de la différence : à l'arrêt, rien ne le freine ; à pleine vitesse, il ne passe que ce qu'il faut pour compenser la charge. Une seule constante k relie tension et vitesse, courant et couple.

I = (U − kω)/R  ·  Γ = kI  ·  J dω/dt = Γ − Γcharge  ⟹  ω* = (kU − RΓcharge)/k²
Démarrage : ■ vitesse, ■ courant, calculés par Runge-Kutta 4. Le pic de courant au démarrage est le moment délicat.
En fonction de la vitesse : ■ couple moteur, ■ puissance mécanique, ■ rendement. Le trait rouge est la charge ; le point, le régime atteint.
Vitesse en régime, simulée
—
Formule (kU − RΓ)/k²
—
Courant au démarrage U/R / en régime
—
Bilan en régime : UI / (RI² + Γω)
—
Rendement électrique kω/U
—
Puissance maximale : section dorée / U²/(4R)
—

Moteur de démonstration : R = 1 Ω, k = 0,05 V·s/rad, moment d'inertie J = 10⁻⁴ kg·m², frottements négligés.

Ce qu'il faut retenir. Un moteur à courant continu s'autorégule : chargez-le, il ralentit, sa force contre-électromotrice baisse, le courant et donc le couple augmentent jusqu'à équilibrer la charge. Au démarrage, le courant vaut U/R, souvent dix fois le courant nominal : c'est pourquoi on démarre les gros moteurs sous tension réduite. La puissance mécanique est maximale à mi-vitesse, mais le rendement n'y est que de 50 % ; on les fait donc tourner plus vite, près de leur vitesse à vide.
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Le transformateur

Question : comment changer une tension de 230 V en 12 V, ou de 20 000 V en 400 000 V, sans pièce qui bouge ? Deux bobines enroulées sur le même noyau de fer. La tension alternative du primaire fait varier le flux dans le noyau ; ce flux traverse aussi le secondaire, où il induit une tension. Chaque spire voit le même flux, donc la même tension : le rapport des tensions est celui des nombres de spires.

U2/U1 = N2/N1   ·   I2/I1 ≈ N1/N2    (transformateur parfait : la puissance se conserve)

Un vrai transformateur s'en écarte un peu : les bobines ont une résistance, une petite partie du flux s'échappe du noyau (couplage k < 1), et il faut un courant, dit magnétisant, pour créer le flux. On le calcule ici exactement par les nombres complexes (phaseurs), puis on vérifie en intégrant les équations du circuit pas à pas.

Noyau de fer feuilleté, primaire à gauche, secondaire à droite relié à une lampe. La teinte du noyau suit le flux, rouge dans un sens, bleu dans l'autre.
■ tension primaire u₁(t), ■ tension secondaire u₂(t) obtenue par Runge-Kutta 4, sur deux périodes (50 Hz).
Tension secondaire (phaseurs, valeur efficace)
—
Transformateur parfait 230 × N₂/N₁
—
Courants I₁ / I₂ (efficaces)
—
Rendement P₂/P₁
—
Courant magnétisant (secondaire ouvert)
—
Contrôle : amplitude u₂ par Runge-Kutta / par phaseurs
—

Modèle : 230 V à 50 Hz, perméance du noyau 2·10⁻⁵ H par spire², résistance des enroulements 2 Ω au primaire et 2·(N₂/N₁)² Ω au secondaire.

Ce qu'il faut retenir. Le transformateur n'a aucune pièce mobile et atteint couramment 98 à 99,5 % de rendement : c'est la machine la plus efficace que l'on sache construire. Il ne fonctionne qu'en alternatif, car seul un flux qui varie induit une tension ; c'est la raison historique de la victoire du courant alternatif de Tesla et Westinghouse sur le continu d'Edison, à la fin du XIXᵉ siècle. Diminuez le couplage : une partie du flux s'échappe et la tension de sortie baisse sous charge. Allégez la charge : le rapport des courants s'écarte de N₂/N₁, car le primaire doit toujours fournir le courant magnétisant qui entretient le flux.
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Le réseau alternatif : champ tournant, haute tension, tôles feuilletées

Question : pourquoi tout le réseau électrique est-il bâti sur l'alternatif triphasé ? Trois raisons, qui s'appuient les unes sur les autres : trois courants décalés créent un champ qui tourne tout seul, ce qui donne des moteurs sans balais ; le transformateur permet de transporter sous très haute tension, ce qui réduit les pertes ; et en feuilletant le fer, on empêche les courants parasites de chauffer les machines.

Trois bobines disposées à 120° sont parcourues par trois courants décalés d'un tiers de période : cos(ωt), cos(ωt − 120°), cos(ωt − 240°). Aucune ne tourne, mais leur somme donne un champ de longueur constante, égale à 3/2 du champ d'une bobine, qui tourne à la vitesse ω. Dans le moteur asynchrone, ce champ tournant induit des courants dans une cage métallique, le rotor, qui est entraîné à une vitesse un peu inférieure : le glissement s mesure ce retard.

Γ(s) ∝ s R / (R² + (sX)²)    maximum pour s = R/X
Les trois champs des bobines (couleurs) et leur somme (noir), dont la pointe décrit un cercle. Le rotor (gris) suit avec un léger retard.
Couple du moteur asynchrone en fonction du glissement (0 : vitesse du champ, 1 : rotor bloqué). Le trait rouge est la charge ; le point, le régime atteint.
|B| total / B d'une bobine : minimum et maximum sur un tour
—
Vitesse de rotation mesurée / ω
—
Glissement du couple maximal (section dorée) / R/X
—
Glissement en régime (dichotomie) et vitesse du rotor à 50 Hz
—

Une ligne a une résistance R : elle chauffe comme RI². Pour transporter une puissance P sous la tension U, le courant vaut P/(√3·U) en triphasé ; les pertes valent donc RP²/U². Doubler la tension divise les pertes par quatre. Le transformateur rend cette élévation possible.

Pertes en ligne, en pourcentage de la puissance transportée, selon la tension (échelle logarithmique). Les niveaux européens usuels sont repérés.
Résistance d'un conducteur (aluminium, 500 mm²)
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Courant par phase
—
Pertes 3RI²
—
Contrôle RP²/U²
—
Pente mesurée des pertes en fonction de U (log-log)
—

Le flux alternatif ne traverse pas que les bobines : il traverse aussi le fer du noyau, qui est conducteur. Des courants tourbillonnaires, dits courants de Foucault, y circulent et le chauffent. En découpant le noyau en tôles minces isolées, on coupe leur chemin : dans une tôle d'épaisseur d, les pertes par unité de volume valent

p = π² f² Bm² d² / (6ρ)
Coupe d'un bloc de 1 cm découpé en tôles : les boucles de courant (rouge) se referment dans chaque tôle. Leur intensité est proportionnelle à l'épaisseur de la tôle.
Épaisseur d'une tôle
—
Pertes calculées (intégration sur l'épaisseur et sur une période)
—
Formule π²f²B²d²/(6ρ)
—
Pertes pour 1 kg de fer
—
Gain par rapport au bloc plein / n²
—

Acier au silicium : résistivité ρ = 4,7·10⁻⁷ Ω·m, masse volumique 7 650 kg/m³, induction maximale Bm = 1 T. On suppose des tôles assez minces pour que le champ y reste uniforme ; au-delà de quelques millimètres à 50 Hz, les courants de Foucault repoussent eux-mêmes le champ (effet de peau) et la formule surestime les pertes du bloc plein.

Ce qu'il faut retenir. Le triphasé donne gratuitement un champ tournant, donc des moteurs robustes et sans balais : l'immense majorité des moteurs industriels sont asynchrones, sur une idée de Tesla et de Ferraris (1885-1888). La haute tension divise les pertes par le carré du rapport des tensions : une ligne de 100 km en 400 kV perd moins de 2 % de ce qu'elle transporte. Les tôles, enfin, divisent les pertes par courants de Foucault par le carré de leur nombre ; s'y ajoutent les pertes par hystérésis, proportionnelles à l'aire du cycle de la page ferromagnétisme, d'où l'emploi de fers doux.

Des premiers moteurs au réseau européen

1821Faraday fait tourner un fil autour d'un aimant plongé dans du mercure : le premier moteur électrique.
1822Peter Barlow construit sa roue, un disque denté qui tourne dans un champ.
1831Faraday découvre l'induction avec un anneau de fer portant deux bobines : le premier transformateur, sans le savoir.
1834Moritz von Jacobi construit un moteur assez puissant pour propulser un bateau sur la Neva quatre ans plus tard.
1873À Vienne, la dynamo de Zénobe Gramme, branchée à l'envers, se met à tourner : la machine est réversible.
1882Lucien Gaulard et John Gibbs présentent leur « générateur secondaire », ancêtre du transformateur.
1885Zipernowsky, Bláthy et Déri, chez Ganz à Budapest, créent le transformateur à noyau fermé.
1885-1888Galileo Ferraris et Nikola Tesla inventent le moteur à champ tournant.
1891Ligne triphasée de 175 km entre Lauffen et Francfort : le triphasé s'impose.
années 1950Premières lignes à 380-400 kV, colonne vertébrale du réseau européen.

En trois idées

La poussée

Un courant dans un champ subit une force ILB. Enroulée en spire et munie d'un collecteur, cette poussée devient une rotation : le moteur.

La réponse

Toute machine qui bouge dans un champ produit une tension qui s'oppose à sa cause. Elle limite la vitesse, régule le courant et rend moteurs et générateurs réversibles.

L'alternatif

Le transformateur change les tensions à 99 % de rendement, le triphasé fait tourner les moteurs sans balais : ensemble, ils ont fait le réseau électrique.

Pour aller plus loin

Moteurs sans balais et moteurs synchrones. Dans les voitures électriques, les drones ou les disques durs, un rotor à aimants permanents suit un champ tournant fabriqué par de l'électronique de puissance. Plus de collecteur, plus d'usure : l'électronique joue son rôle en commutant les bobines au bon moment.

Le TGV. Ses moteurs ont été successivement à courant continu, synchrones puis asynchrones ; ils reçoivent 25 000 V alternatifs de la caténaire, abaissés par un transformateur embarqué. Au freinage, les moteurs deviennent générateurs et renvoient de l'énergie vers la ligne.

Le bruit des transformateurs. Le ronflement à 100 Hz vient de la magnétostriction : le fer s'allonge très légèrement quand il s'aimante, deux fois par période.

Pages voisines du cahier. Le magnétisme et ses applications (force de Lorentz, induction, alternateur) ; le ferromagnétisme (domaines et cycle d'hystérésis, qui fixent les pertes du noyau).