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Le plus grand commun diviseur

Quatre façons de trouver le PGCD de deux nombres — et pourquoi celle d'Euclide gagne toujours.

Le PGCD de deux entiers est le plus grand nombre qui les divise tous les deux. On peut le chercher en dressant la liste des diviseurs, ce qui est sûr mais interminable ; en retranchant sans cesse le plus petit du plus grand, ce qui est la méthode des Grecs ; ou en remplaçant ces soustractions par des divisions, ce qui est l'algorithme d'Euclide et reste, vingt-trois siècles plus tard, la meilleure méthode connue. Tout se calcule ici sur les deux nombres de travail ci-dessous.

Planche 1 Ce que « diviser les deux » veut dire

Un diviseur commun d est une règle qui mesure exactement les deux longueurs : reportée bout à bout, elle doit tomber juste sur a et sur b. Déplacez d, ou lancez le balayage : les règles qui tombent juste s'inscrivent sur la bande du bas.

a ÷ d
b ÷ d
verdict
diviseurs communs
PGCD
reports entiers de d reste : d ne convient pas diviseur commun sur la bande

Les listes de diviseurs

diviseurs de a :
diviseurs de b :
La méthode est irréprochable et parfaitement inutilisable dès que les nombres grandissent : dresser la liste des diviseurs d'un nombre, c'est le factoriser, et personne ne sait le faire vite. Les trois planches suivantes obtiennent le même résultat sans jamais chercher un seul diviseur.

Planche 2 La méthode des Grecs : retrancher

Si d mesure a et b, il mesure aussi leur différence. On peut donc remplacer le plus grand des deux nombres par a − b sans changer le PGCD, et recommencer. Les deux barres finissent par s'égaliser : leur valeur commune est le PGCD.

état courant
dernière opération
soustractions faites
0
soustractions nécessaires
résultat

Planche 3 Le rectangle carrelé

Voici la même idée, en géométrie. Dans un rectangle a × b, découpons le plus grand carré possible, puis recommençons dans ce qui reste. Le côté du dernier carré est le PGCD — et le nombre de carrés de chaque taille donne la fraction continue de a / b.

carrés posés
0
côté du carré courant
rectangle restant
côté du dernier carré
fraction continue de a / b
contrôle : fraction reconstruite
Le carrelage s'arrête toujours, car les côtés décroissent strictement dans les entiers. C'est exactement l'anthyphérèse des Grecs. Sur un rectangle dont le rapport des côtés est irrationnel — un rectangle d'or, par exemple — le découpage ne s'arrête jamais : c'est la définition même de l'incommensurabilité, et le PGCD n'existe pas.

Planche 4 L'algorithme d'Euclide, et les coefficients de Bézout

Retrancher b un grand nombre de fois, c'est faire une division. On remplace donc toute une rafale de soustractions par une seule opération : a = b·q + r, puis on recommence avec (b, r). Le dernier reste non nul est le PGCD.

étapedividendediviseurquotientreste
nombre de divisions
contre les soustractions
contrôle rk+2 < rk / 2
PGCD

Remonter la chaîne : l'identité de Bézout

En repartant du bas vers le haut, chaque reste s'écrit a·u + b·v. Le dernier donne le PGCD sous cette forme.

reste ruva·u + b·vécart
identité de Bézout
écart maximal sur toutes les lignes
a·u + b·v décrit…
L'algorithme rend donc davantage que le PGCD : il fournit deux entiers u et v tels que a·u + b·v = PGCD(a, b). C'est de là que sortent l'inverse modulaire, la résolution des équations diophantiennes ax + by = c, et le chiffrement RSA.

Planche 5 — signature Tous les couples à la fois

A. La carte des PGCD

Colorions le point (a, b) selon PGCD(a, b). Les couples premiers entre eux restent clairs, les autres s'assombrissent — et le plan se remplit de droites passant par l'origine, une par valeur du PGCD.

couples examinés
premiers entre eux
proportion
PGCD maximal rencontré

B. La proportion tend vers 6 / π²

Deux entiers pris au hasard sont premiers entre eux avec la probabilité 6 / π² = 0,607927… Faisons croître le carré et suivons la proportion mesurée.

proportion mesurée
6 / π²
écart
π retrouvé par √(6 / proportion)
La proportion mesurée sert de mesure de π : c'est un calcul d'arithmétique pure, sans le moindre cercle. La raison en est que la probabilité qu'aucun premier p ne divise les deux nombres vaut ∏ (1 − 1/p²) = 1 / ζ(2), et que ζ(2) = π² / 6.

C. Le pire cas est celui de Fibonacci

Cherchons, par force brute, le couple qui fait le plus travailler l'algorithme. Le vainqueur est toujours un couple de nombres de Fibonacci consécutifs : c'est le théorème de Lamé (1844), première analyse de complexité de l'histoire.

pire couple trouvé
divisions nécessaires
sont-ils deux Fibonacci consécutifs ?
borne de Lamé : 5 × (chiffres de b)
quotients de la chaîne
Tous les quotients valent 1 : le pire cas de l'algorithme d'Euclide est celui où chaque division ne retranche qu'une seule fois le diviseur — autrement dit, celui où les divisions ne sont pas plus efficaces que les soustractions. Comme les nombres de Fibonacci croissent comme φⁿ, le nombre d'étapes ne dépasse jamais logφ du plus petit nombre, soit environ 4,785 divisions par chiffre décimal. Pour deux nombres de mille chiffres, c'est moins de cinq mille divisions : c'est pourquoi l'algorithme d'Euclide, seul, tient encore debout au cœur de la cryptographie moderne.

Pour finir Les quatre méthodes en un coup d'œil

méthodeprincipecoût
Listes de diviseursfactoriser les deux nombresrédhibitoire au-delà de quelques chiffres
Soustractionsa − b ne change pas le PGCDjusqu'à a / b étapes — très lent si b est petit
Divisions (Euclide)a = b·q + r, puis (b, r)≈ 4,785 divisions par chiffre décimal
Euclide étenduidem, en suivant a·u + b·vmême coût, et donne u et v