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Optique

L'optique mathématique : rayons et ondes

Décrire la lumière par des rayons ou par une onde : deux modèles, deux mathématiques, et un seul phénomène. Les rayons ne sont que la limite de l'onde quand la longueur d'onde devient très petite devant les objets rencontrés.

Deux modèles pour une même lumière

L'optique mathématique se sert des mathématiques pour décrire comment la lumière se propage, comment se forment les images, et comment se produisent les interférences, la diffraction et la polarisation. Elle dispose pour cela de deux modèles.

Optique géométriqueOptique ondulatoire
La lumière est…un faisceau de rayons, des droites qui se brisent en changeant de milieuune onde électromagnétique : un champ électrique et un champ magnétique qui oscillent en se propageant
Outils mathématiquesgéométrie, trigonométrie, loi de Snell-Descartes, principe de Fermatfonctions sinusoïdales, nombres complexes, intégrales (principe de Huygens-Fresnel), équations de Maxwell
Ce qu'elle expliqueombres, réflexion, réfraction, miroirs, lentilles, instruments d'optiquetout ce qui précède, plus les interférences, la diffraction, la polarisation, les couleurs des bulles de savon
Quand l'utiliserquand les objets (trous, lentilles, obstacles) sont très grands devant la longueur d'ondetoujours ; indispensable quand les dimensions approchent la longueur d'onde

La longueur d'onde λ de la lumière visible va de 400 nm (violet) à 700 nm (rouge) — moins d'un millième de millimètre. Face à une lentille de lunettes, c'est infime : les rayons suffisent. Face à un trou d'épingle ou aux sillons d'un CD, ce ne l'est plus : l'onde se révèle. Les deux modèles ne s'opposent donc pas : le premier est un cas limite du second, comme la planche 5 le montre.

Dans la page, les rayons sont en orange (ou dans leur couleur réelle quand la longueur d'onde compte), les fronts d'onde et intensités en bleu, les normales et repères en gris, les valeurs de référence en vert. Cette page complète celle consacrée aux mathématiques dans l'optique (principe de Fermat, matrices de transfert, arc-en-ciel), sans la répéter.

Planche 1

Les rayons — réfraction, réflexion totale et dispersion

Dans un milieu homogène, la lumière va en ligne droite. En passant d'un milieu à un autre, le rayon se brise : c'est la réfraction. Chaque milieu est caractérisé par son indice n, qui dit combien la lumière y est ralentie (n = c/v). La loi de Snell-Descartes relie les angles, mesurés par rapport à la normale (la perpendiculaire à la surface). Quand on passe vers un milieu moins réfringent, au-delà d'un certain angle, le rayon ne peut plus sortir : c'est la réflexion totale, qui guide la lumière dans les fibres optiques.

n1 sin i1 = n2 sin i2  ·  angle limite : sin iℓ = n2 / n1 (si n1 > n2)
Rayon incident et rayon réfracté en orange, rayon réfléchi en orange pâle (son épaisseur suit la part de lumière réfléchie). La normale est en pointillé gris. Le quart de cercle rouge marque la zone de réflexion totale.
Angle de réfraction i₂—
Angle limite (dichotomie)—
Part de lumière réfléchie (lumière naturelle)—formules de Fresnel, planche 4
Vitesse dans chaque milieu—
Prisme en verre crown (BK7). L'indice dépend de la longueur d'onde (loi de Cauchy n = A + B/λ²) : le violet est plus dévié que le rouge. Cochez « lumière blanche » pour voir le spectre s'ouvrir.
Indice du verre pour λ—
Déviation D pour l'incidence choisie—
Déviation minimale (section dorée)—
Indice retrouvé à partir de D_min—
Écart angulaire violet (400 nm) – rouge (700 nm)—
Ce qu'il faut voir. Entrer dans un milieu plus réfringent rapproche le rayon de la normale ; en sortir l'en écarte, jusqu'à l'impossibilité : dans le verre, au-delà de 41°, la lumière ne sort plus. Le prisme, lui, montre que l'indice dépend de la couleur : Newton en a conclu en 1666 que la lumière blanche est un mélange. La déviation passe par un minimum, que l'on mesure au spectromètre pour en déduire l'indice du verre — c'est ce que fait la planche en sens inverse.
Planche 2

Former une image — le miroir sphérique et le miroir parabolique

Un instrument forme une image nette si tous les rayons partis d'un point convergent de nouveau en un point : on dit qu'il est stigmatique. Un miroir sphérique, facile à polir, ne l'est qu'à peu près : les rayons proches de l'axe se croisent au foyer, à mi-chemin entre le miroir et son centre, mais les rayons du bord se croisent plus près du miroir. C'est l'aberration sphérique. Le miroir parabolique, lui, renvoie exactement au foyer tous les rayons parallèles à l'axe : c'est la forme des télescopes, des phares et des antennes satellites.

Miroir sphérique de rayon R : foyer à f = R/2  ·  un rayon à la hauteur h coupe l'axe à R/(2 cos θ) du centre, avec sin θ = h/R
Des rayons parallèles à l'axe arrivent de la gauche et se réfléchissent sur le miroir (à droite). Point vert : le foyer F ; point gris : le centre C du miroir sphérique. L'enveloppe lumineuse que dessinent les rayons réfléchis s'appelle une caustique — on la voit au fond d'une tasse de café.
Foyer paraxial f = R/2—
Écart au foyer du rayon le plus haut (tracé réel)—
Pente log-log de l'écart en fonction de h—une aberration en h² donne 2
Écart maximal au foyer, sur tous les rayons tracés—
Ce qu'il faut voir. Pour de petites ouvertures, sphère et parabole se confondent : près de l'axe, un cercle est très proche d'une parabole. L'écart au foyer croît comme le carré de la hauteur du rayon : doubler l'ouverture quadruple le flou. C'est pour cela qu'on diaphragme les objectifs pour gagner en netteté, et qu'on taille des miroirs paraboliques (ou des lentilles asphériques) quand on veut à la fois une grande ouverture et une image nette.
Planche 3

L'onde — Huygens et les interférences

Dans le modèle ondulatoire, la lumière est une vibration qui se propage. Les points qui vibrent en même temps forment un front d'onde ; les rayons ne sont que les perpendiculaires aux fronts d'onde. En 1678, Christiaan Huygens propose une règle simple : chaque point atteint par l'onde devient la source d'une petite onde sphérique, et le nouveau front est l'enveloppe de toutes ces ondelettes. Et comme une onde se décrit par une amplitude et une phase, deux ondes peuvent s'ajouter ou se détruire : ce sont les interférences.

Un front d'onde plan arrive obliquement sur la surface de l'eau. Le point A, touché le premier, émet une ondelette qui avance plus lentement dans l'eau (à la vitesse c/n). Pendant que le front achève d'atteindre B, l'ondelette de A n'a parcouru qu'une distance plus courte : le nouveau front, tangent à toutes les ondelettes, est incliné différemment. La loi de Snell-Descartes en découle.

Fronts d'onde en bleu, ondelettes de Huygens en bleu pâle, rayons (perpendiculaires aux fronts) en orange. En bas, le milieu 2, où l'onde va moins vite : les fronts y sont plus serrés, la longueur d'onde est divisée par n.
Angle de réfraction mesuré sur l'enveloppe (dichotomie)—
Écart maximal des ondelettes au front construit—toutes les ondelettes touchent le même plan
Longueur d'onde dans chaque milieu (λ₀ = 600 nm)—

Une lame très mince — bulle de savon, tache d'huile, traitement antireflet — renvoie deux ondes : l'une réfléchie sur sa face avant, l'autre sur sa face arrière, qui a parcouru deux fois l'épaisseur en plus. Selon ce retard, les deux ondes s'ajoutent ou s'annulent, et cela dépend de la longueur d'onde : certaines couleurs sont renforcées, d'autres éteintes. Le calcul exact additionne toutes les réflexions successives avec des nombres complexes.

déphasage δ = 2π · 2n e / λ  ·  r = (r12 + r23 eiδ) / (1 + r12 r23 eiδ)  ·  R = |r|²
En haut, la couleur réfléchie selon l'épaisseur (comme les bandes d'une bulle qui s'amincit en haut), le trait marquant l'épaisseur choisie. En bas, la part de lumière réfléchie pour chaque longueur d'onde du visible.
Réflexion à 550 nm (vert)—
——
——
Ce qu'il faut voir. Le modèle ondulatoire retrouve tout ce que savaient les rayons — ici la loi de Snell-Descartes, déduite du seul fait que la lumière va moins vite dans l'eau — et il explique en plus ce que les rayons ne peuvent pas expliquer : une bulle de savon incolore se pare de couleurs, et une couche de 100 nm sur un verre de lunettes fait passer la réflexion de 4 % à 1,3 %. Une bulle très mince paraît noire : les deux réflexions sont en opposition et s'annulent.
Planche 4

La polarisation — une onde qui vibre dans une direction

La lumière est une onde transversale : son champ électrique vibre perpendiculairement à la direction de propagation. Dans la lumière naturelle, cette direction change au hasard ; un polariseur (comme les verres de certaines lunettes de soleil) ne laisse passer que la vibration parallèle à son axe. Seule l'optique ondulatoire peut en rendre compte : un rayon n'a pas d'orientation.

Derrière un premier polariseur, la lumière est polarisée. Un second polariseur, tourné d'un angle θ, ne garde que la projection du champ sur son axe, soit un champ multiplié par cos θ et une intensité multipliée par cos² θ : c'est la loi de Malus (1809). À 90°, plus rien ne passe. Mais glissez un troisième polariseur entre les deux : la lumière revient !

I = I0 · cos² θ
La lumière va de gauche à droite. Chaque disque est un polariseur, avec son axe. Les flèches bleues montrent l'oscillation du champ électrique entre les polariseurs, leur longueur donne l'amplitude.
Après le 1er polariseur (Monte-Carlo sur 40 000 directions au hasard)—
Intensité finale (projection du champ, pas à pas)—
Sans le polariseur intermédiaire—

Quand la lumière se réfléchit sur du verre ou de l'eau, les deux directions de vibration ne sont pas renvoyées de la même façon. Les formules de Fresnel (1823) donnent la part réfléchie pour la vibration perpendiculaire au plan d'incidence (s) et pour la vibration parallèle (p). À un angle précis, l'angle de Brewster, la composante p n'est plus réfléchie du tout : le reflet est entièrement polarisé. C'est pour cela que des lunettes polarisantes suppriment les reflets sur l'eau.

tan θB = n2 / n1
Part de lumière réfléchie en fonction de l'angle d'incidence : composante s en bleu, composante p en violet, lumière naturelle (leur moyenne) en orange. Trait vert : l'angle de Brewster calculé par la formule.
Angle de Brewster (dichotomie sur r_p = 0)—
Réflexion s et p à l'angle choisi—
Conservation de l'énergie R + T (composantes s et p)—écarts à 1
Ce qu'il faut voir. Deux polariseurs croisés éteignent la lumière ; un troisième, placé entre eux à 45°, en fait repasser un huitième. Le polariseur n'est donc pas un simple filtre qui « enlève » quelque chose : il projette le champ sur son axe, et une projection peut réorienter la vibration. La polarisation prouve aussi que la vibration lumineuse est transversale — Fresnel en a tiré en 1821 que la lumière ne pouvait pas être une onde de pression comme le son.
Planche 5 · signature

Des ondes aux rayons — quand la longueur d'onde devient petite

Voici le lien entre les deux modèles. Une onde traverse une fente de largeur a et éclaire un écran à la distance L. Le principe de Huygens-Fresnel permet de calculer exactement l'éclairement sur l'écran, en additionnant les ondelettes issues de chaque point de la fente. Tout dépend d'un seul nombre, le nombre de Fresnel N = a²/(λL). Quand λ est grand (N petit), la lumière s'étale bien au-delà de la fente : c'est la diffraction. Quand λ devient petit (N grand), l'éclairement épouse l'ombre géométrique : les rayons réapparaissent.

amplitude sur l'écran ∝ ∫fente exp(iπ(x − ξ)²/(λL)) dξ, calculée avec les intégrales de Fresnel C et S
Écran à L = 1 m. En bleu, l'éclairement calculé par l'optique ondulatoire (1 = éclairement sans obstacle) ; en pointillé vert, l'ombre géométrique prévue par les rayons ; en pointillé orange, l'approximation de Fraunhofer (champ lointain), tracée seulement quand N < 5, là où elle a un sens. Au-dessus, la bande lumineuse telle qu'on la verrait.
Nombre de Fresnel N = a²/(λL)—
Largeur de la tache à mi-hauteur (dichotomie)—
Part de la lumière tombant dans l'ombre géométrique—tend vers 100 % quand N grandit
Contrôle des intégrales de Fresnel—

Un sténopé est un appareil photo sans objectif : une boîte percée d'un petit trou. Les rayons disent : plus le trou est petit, plus l'image est nette, car chaque point de l'objet donne une tache de la taille du trou. L'onde dit l'inverse : plus le trou est petit, plus la lumière diffracte, en une tache d'Airy de diamètre 2,44·λf/d. Les deux effets se disputent la netteté, et il existe un trou optimal, là où les deux flous sont du même ordre.

flou total ≈ √(d² + (2,44 λ f / d)²)  ⇒  trou optimal d* = √(2,44 λ f)
Diamètre du flou en fonction du diamètre du trou, en échelles logarithmiques. Pointillé orange : le flou géométrique (pente +1) ; pointillé bleu : le flou de diffraction (pente −1) ; en violet, les deux réunis. À droite, l'image d'un point lumineux lointain avec le trou choisi. λ = 550 nm.
Flou total avec ce trou—
Trou optimal (section dorée)—
Pentes mesurées des deux branches—petit trou : diffraction (−1) · grand trou : géométrie (+1)
Ce qu'il faut voir. Faites décroître λ : les franges se resserrent sur les bords de la fente et la tache prend la forme du rectangle géométrique ; la part de lumière qui tombe dans l'ombre prévue par les rayons grimpe vers 100 %. L'optique géométrique n'est donc pas un modèle faux : c'est la limite de l'optique ondulatoire quand la longueur d'onde devient petite devant les dimensions en jeu. Le sténopé montre la frontière où les deux modèles doivent être utilisés ensemble : avec une boîte de 10 cm, le meilleur trou mesure environ 0,37 mm.

Une brève histoire des deux modèles

En résumé

L'optique géométrique

La lumière suit des rayons rectilignes qui se réfléchissent et se réfractent selon la loi de Snell-Descartes. Elle suffit à comprendre les miroirs, les lentilles, les prismes et les instruments, tant que les objets sont grands devant la longueur d'onde.

L'optique ondulatoire

La lumière est une onde électromagnétique transversale. Elle explique en plus les interférences (couches minces), la diffraction (fentes, trous) et la polarisation (Malus, Brewster).

Le lien

Les rayons sont les perpendiculaires aux fronts d'onde, et l'optique géométrique est la limite de l'optique ondulatoire quand λ devient petit. Le nombre de Fresnel a²/(λL) dit lequel des deux modèles suffit.

Pour aller plus loin

L'équation eikonale. On peut rendre rigoureux le passage des ondes aux rayons : si l'on écrit l'onde sous la forme A·exp(i·2π·S/λ) et que l'on fait tendre λ vers 0 dans les équations de Maxwell, la phase S doit vérifier |∇S| = n. Les surfaces S = constante sont les fronts d'onde, et les courbes perpendiculaires sont les rayons, qui suivent alors le principe de Fermat.

Les applications. L'optique géométrique conçoit les objectifs, les lunettes, les télescopes et les fibres optiques ; l'optique ondulatoire règle les traitements antireflet, les réseaux des spectromètres, les hologrammes, les écrans à cristaux liquides (qui reposent sur la polarisation) et fixe la limite de résolution de tout instrument.

Au-delà. Quand la lumière est très faible ou interagit avec la matière atome par atome, il faut une troisième description, l'optique quantique, où la lumière est faite de photons. Mais pour presque tout ce que nous voyons, rayons et ondes suffisent.