francebalade.fr       Cours de Mathématiques       Table des matières       Votre avis sur ce site

Les mathématiques dans l'optique

Cinq planches animées : du principe de Fermat à l'arc‑en‑ciel

La lumière ne connaît ni la trigonométrie ni l'algèbre linéaire, et pourtant elle se comporte exactement comme si elle les pratiquait. Chaque planche pose une question d'optique, laisse la figure la résoudre par le calcul, puis confronte le résultat à la formule classique : l'écart affiché est celui de la machine, pas celui de la théorie. Tous les nombres lus ci‑dessous sont calculés en direct par la page.

1 Le chemin le plus rapide

Un rayon part de S et doit atteindre T en traversant deux milieux où il ne va pas à la même vitesse. Fermat affirme qu'il choisit le trajet de durée minimale. Minimiser une fonction d'une variable est un problème de calcul différentiel pur : la figure cherche le minimum à l'aveugle, par section dorée, sans jamais utiliser la loi de Descartes — puis on compare.

Trait plein : le trajet essayé. Trait pointillé rouge : le trajet de durée minimale trouvé par le calcul.

Chemin optique L(x) = n₁·SP + n₂·PT en fonction de la position P du point de passage.

angle i₁
angle i₂
n₁ sin i₁
n₂ sin i₂
écart des deux
L(x) actuel
L minimal
excès de trajet
x par section dorée
x par Descartes
écart des deux x
écart des L en ces points

La recherche aveugle et la loi de Descartes tombent sur le même point, mais l'écart sur x plafonne vers 10⁻⁷ alors que l'écart sur le chemin optique vaut 10⁻¹⁶ : c'est la signature d'un minimum. Près du fond, L(x) − L(x*) ≈ ½ L″(x*)·(x − x*)², donc une erreur de position de 10⁻⁸ ne coûte que 10⁻¹⁶ de durée — l'ordinateur ne peut plus distinguer. C'est aussi pourquoi la nature est tolérante : tous les trajets voisins du bon sont pratiquement synchrones, et c'est exactement cette tolérance qui, en optique ondulatoire, permet aux ondes de s'additionner en phase le long du rayon de Fermat.

2 La lentille, et le prix de l'approximation

Toute l'optique instrumentale classique tient dans une relation entre trois nombres. Encore faut-il savoir d'où elle vient, et ce qu'elle coûte : elle repose sur sin θ ≈ θ, et cette petite audace se paie en netteté. Le second onglet trace les rayons sans aucune approximation et mesure la facture.

Rayon parallèle (bleu), rayon par le centre (vert), rayon par le foyer objet (ambre). En pointillé : prolongements virtuels.

OA
OA′
grandissement γ
nature de l'image
1/OA′ − 1/OA − 1/f′
Newton : FA·F′A′ + f′²
dispersion des 3 rayons
γ mesuré sur la figure

Les trois rayons de construction ne sont pas trois recettes : ce sont trois cas particuliers d'une même application linéaire. Chacun se recoupe sur le même point à 10⁻¹⁵ près, et la relation de conjugaison n'est rien d'autre que la condition pour que ce recoupement existe. La relation de Newton FA · F′A′ = −f′² dit la même chose vue des foyers : le produit de deux distances est constant, c'est une hyperbole, et c'est elle qui gouverne la mise au point d'un appareil photo.

3 Un instrument entier réduit à quatre nombres

Dans l'approximation paraxiale, un rayon est un couple (y, u) : sa hauteur et sa pente. Traverser un espace vide ou une lentille agit linéairement sur ce couple — donc par une matrice 2×2. Un instrument, si compliqué soit-il, devient un produit de matrices, et ses propriétés se lisent dans quatre coefficients. La figure trace les rayons pas à pas, la matrice les prédit d'un coup.

Trois rayons issus du même point objet (ou trois rayons parallèles), propagés élément par élément.

matrice A
matrice B
matrice C
matrice D
det M − 1
focale équivalente −1/C
formule de Gullstrand
écart des deux focales
image (calcul matriciel)
image par conjugaisons successives
écart des deux positions
dispersion des 3 rayons à l'image
grandissement (coefficient A)
grandissement mesuré
système
grandissement angulaire

Le déterminant vaut 1 quoi qu'on fasse : ce n'est pas un hasard mais l'invariant de Lagrange–Helmholtz, une conservation d'aire dans l'espace des rayons — le même théorème de Liouville qu'en mécanique hamiltonienne. Il interdit de concentrer la lumière sans en payer le prix en angle, et c'est lui qui limite les concentrateurs solaires. Le coefficient C contient la focale, B l'image, A le grandissement. Poussez l'écartement jusqu'à e = f′₁ + f′₂ : C s'annule exactement, le système devient afocal, et l'objet à l'infini reste à l'infini — c'est une lunette.

4 Quand la lumière compte les longueurs d'onde

Deux ouvertures, une différence de marche, et l'addition de deux cosinus : les franges d'interférence sont un théorème de trigonométrie rendu visible. La figure du haut montre le champ d'ondes lui-même, celle du bas ce qu'un écran en retient. L'interfrange n'est pas posé a priori : il est mesuré sur la courbe et comparé à la formule.

Champ de deux sources en phase (vue de principe, écartement exprimé en longueurs d'onde). Les lignes sombres sont les hyperboles d'interférence destructive.

directions d'interférence constructive comptées : — prévues 2⌊a/λ⌋+1 :

Éclairement sur un écran à distance D, avec la différence de marche calculée exactement (sans approximation des petits angles).

interfrange mesuré
formule λD/a
écart relatif
premier zéro de diffraction
ordres manquants (a/b)
franges sous le lobe central
largeur du pic × N
limite pour N grand
1ᵉʳ maximum secondaire : tan u = u
son éclairement relatif
premier zéro de J₁ (calculé)
critère de Rayleigh

L'interfrange mesuré sur la courbe exacte diffère de λD/a de quelques millionièmes : c'est toute l'erreur de l'approximation δ ≈ a·x/D, un développement limité de plus. Augmentez N : les pics s'affinent comme 1/N — c'est le principe du réseau, et la raison pour laquelle un spectrographe sépare d'autant mieux les couleurs qu'il a plus de traits. Le pouvoir de résolution d'un télescope vient du même calcul en géométrie circulaire : le premier zéro de la fonction de Bessel J₁, cherché ici par dichotomie sur sa série entière, donne 3,831705970… et le facteur 1,22 du critère de Rayleigh n'est que ce nombre divisé par π.

5 Pourquoi l'arc-en-ciel se tient à 42 degrés

Descartes, en 1637, fit le calcul que voici : un rayon entre dans une goutte sphérique, s'y réfléchit une fois, ressort. Sa déviation dépend du point d'entrée. On cherche le minimum de cette déviation — une dérivée qui s'annule — et l'on obtient un angle. Cet angle, la page le calcule à l'aveugle, le confronte à la formule exacte, puis dessine le ciel qui en résulte. Rien n'est placé à la main.

Une goutte d'eau et un faisceau parallèle. Le rayon rouge est celui de déviation minimale : autour de lui, les rayons s'accumulent.

À gauche : déviation en fonction du point d'entrée. À droite : où partent 40 000 rayons répartis uniformément sur la goutte.

indice de l'eau à cette λ
angle d'entrée du minimum (recherche)
arccos √((n²−1)/3)
écart des deux
déviation minimale
angle vu depuis le sol
dérivée dD/di au minimum
rayons dans ±1° du minimum
arc primaire : rouge → violet
arc secondaire : rouge → violet
bande sombre d'Alexandre
ordre des couleurs
tracé vectoriel − formule

Le ciel reconstitué : chaque arc est tracé au rayon angulaire calculé pour sa longueur d'onde, l'observateur au centre, le soleil dans son dos.

Aucune couleur n'a été placée : les deux arcs, leur épaisseur, l'ordre inversé du second et la bande sombre entre les deux sortent tous du même minimum de déviation, calculé longueur d'onde par longueur d'onde. La bande d'Alexandre, décrite au IIe siècle et restée inexpliquée quinze cents ans, est une simple conséquence d'inégalité : aucun rayon ne peut sortir entre 42,4° et 50,3°, car ce sont les extrémités de deux intervalles disjoints. Et le blanc surnuméraire sous l'arc échappe encore à ce calcul : il faut passer à l'optique ondulatoire et à l'intégrale d'Airy, c'est-à-dire remplacer le minimum d'une fonction par la phase stationnaire d'une intégrale — la même idée, d'un cran plus haut.