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Les machines à vapeur

Le principe, trois siècles d'histoire, et ce que la vapeur fait encore aujourd'hui

Une machine à vapeur transforme de la chaleur en mouvement. On chauffe de l'eau dans un récipient fermé : elle se change en vapeur sous pression. On laisse cette vapeur pousser un piston ou faire tourner une roue à aubes, puis on s'en débarrasse. Derrière cette idée simple se cachent la courbe de pression de l'eau, la loi de détente des gaz et une limite de rendement que Sadi Carnot a découverte en 1824. Chaque résultat affiché est recalculé par une seconde méthode indépendante (cases vertes).

Le principe
Planche 1

Le cylindre : la vapeur pousse, puis se détend

La vapeur entre d'un côté du piston et le pousse. Le tiroir (la boîte au-dessus du cylindre) la coupe avant la fin de la course : c'est l'admission, exprimée en pourcentage de la course. La vapeur enfermée continue alors de pousser en se détendant, et sa pression baisse. Au retour, elle s'échappe à l'air libre ou vers un condenseur. Le même jeu a lieu de l'autre côté du piston : la machine est à double effet. La bielle et la manivelle transforment l'aller-retour en rotation.

Le graphe du milieu est le diagramme de Watt, que les mécaniciens relevaient avec un « indicateur » : l'aire de la boucle est le travail fourni à chaque tour, W = ∮ p dV.

À retenir. Couper tôt l'admission donne moins de travail par tour, mais beaucoup plus de travail par kilogramme de vapeur : on laisse la vapeur finir le travail en se détendant. Avec une détente hyperbolique (n = 1), le meilleur réglage est exactement celui où la pression finale retombe à celle de l'échappement : admission = péchappement / pchaudière. En dessous, la boucle se croise et le piston travaille à perte en fin de course. C'est l'idée de la détente, brevetée par Watt en 1782.

Planche 2

La chaudière : plus chaud, donc plus de pression

Dans un récipient fermé, l'eau et sa vapeur restent en équilibre : à chaque température correspond une seule pression, la pression de vapeur saturante. À 100 °C elle vaut une atmosphère ; à 180 °C, dix fois plus. Pour obtenir de la pression, il faut donc chauffer, et la chaudière doit être solide. La soupape de sûreté, inventée par Denis Papin en 1679, s'ouvre quand la pression atteint son réglage : la température cesse alors de monter, et toute la chaleur du foyer sert à fabriquer de la vapeur.

La courbe est calculée avec les équations officielles de l'IAPWS (1997), celles qu'emploient les ingénieurs. La chaleur ne se transforme jamais entièrement en travail : le rendement maximal (Carnot) est 1 − Tfroide/Tchaude, températures en kelvins.

À retenir. Monter en pression, c'est monter en température, et c'est ce qui améliore le rendement possible. Envoyer la vapeur usée dans un condenseur froid plutôt qu'à l'air libre abaisse la température froide : le rendement de Carnot passe par exemple de 18 % à 32 % pour une chaudière réglée à 10 bar relatifs. Les locomotives s'en privaient, faute de pouvoir emporter un condenseur, et gardaient l'échappement pour activer le feu.

L'histoire
Planche 3

Trois siècles de vapeur

Touchez un point de la frise, ou lancez la lecture. Chaque étape résout un problème laissé par la précédente : pomper l'eau des mines, économiser le charbon, faire tourner des machines, puis rouler, naviguer et produire de l'électricité.

À retenir. La vapeur a d'abord servi à pomper l'eau des mines de charbon, ce qui rendait le combustible bon marché là où on l'extrayait. Watt a rendu la machine économe, donc utilisable partout ; Trevithick et Stephenson l'ont mise sur rails ; Parsons l'a fait tourner directement ; les centrales électriques en sont les héritières.

Planche 4

Le chemin de fer

Une locomotive est une machine à vapeur à deux cylindres (parfois trois ou quatre) posée sur ses propres roues. Trois inventions l'ont rendue possible : la chaudière à tubes de fumée, l'échappement dans la cheminée qui active le tirage (d'où le « tchou-tchou », quatre bouffées par tour de roue), et les deux cylindres calés à angle droit.

Un seul cylindre a deux points morts par tour, où la bielle est alignée avec la manivelle : le couple y est nul et la locomotive ne peut pas démarrer si elle s'y est arrêtée. Avec un second cylindre décalé d'un quart de tour, le couple total ne s'annule jamais. Les roues de 2 m et les cylindres de 50 × 66 cm sont ceux d'une grande locomotive de vitesse.

À retenir. Passez à « un seul » cylindre : le couple tombe à zéro deux fois par tour. À deux, il oscille mais reste positif. L'effort de traction moyen se calcule sans dessin : chaque cylindre à double effet fournit deux fois le travail W de la boucle par tour de roue. La vieille formule des ingénieurs, 0,85·p·d²·s/D, suppose simplement une pression moyenne égale à 85 % de la pression de la chaudière, ce qui correspond à une admission longue.

Aujourd'hui
Planche 5 · signature

La vapeur n'a pas disparu

Les trains à vapeur ne roulent plus que sur les lignes touristiques, mais la vapeur tourne toujours : la plus grande partie de l'électricité mondiale sort encore d'une turbine à vapeur (centrales à charbon, nucléaires, géothermiques, solaires à concentration, et la moitié « vapeur » des centrales à gaz à cycle combiné). Les hôpitaux stérilisent à la vapeur, et la cocotte-minute applique la courbe de la planche 2.

Dans une turbine, pas de piston : la vapeur se détend dans une tuyère et en sort à très grande vitesse V₁ = √(2Δh), où Δh est l'énergie libérée par kilogramme. Le jet frappe des aubes qui défilent à la vitesse u et le renvoient vers l'arrière. Le travail récupéré se lit sur les triangles des vitesses : ce qu'a perdu la vitesse absolue de la vapeur, dans le sens du mouvement, est passé à la roue.

rendement de l'aubage = 2·(u/V₁)·(cos α − u/V₁)·(1 + k)

À retenir. Si les aubes sont immobiles, elles ne reçoivent aucun travail ; si elles vont aussi vite que le jet, celui-ci ne les touche plus. Le meilleur compromis est u = V₁·cos α / 2 : le jet repart alors presque perpendiculairement, en ayant cédé l'essentiel de son énergie. Comme V₁ dépasse souvent 800 m/s, une roue unique devrait tourner à plusieurs dizaines de milliers de tours par minute : les turbines modernes répartissent donc la détente sur de nombreux étages, selon l'idée de Parsons (1884).

En résumé