francebalade.fr       Cours de Mathématiques       Table des matières       Votre avis sur ce site

La collection complète

Les dix-sept vignettes

Une fois admis qu'il n'y en a que dix-sept, reste à les reconnaître. C'est un exercice d'un genre particulier : on ne compte pas, on ne mesure pas, on regarde — y a-t-il un axe d'ordre 4 ? un miroir ? un centre de rotation posé ailleurs que sur un miroir ? Quatre questions bien choisies suffisent à trancher entre les dix-sept, et cette page les pose, les vérifie sur chacun des groupes, puis vous laisse dessiner le vôtre.

Toutes les figures de cette page sont engendrées par les tables de transformations des groupes : rien n'est dessiné à la main, ni les motifs, ni les miroirs, ni les domaines fondamentaux. Le principe de construction
Planche I

La galerie

Les dix-sept d'un seul regard, tous engendrés à partir du même motif asymétrique. Les copies bleues conservent l'orientation, les ocre l'ont renversée : la proportion d'ocre dit immédiatement si le groupe contient des réflexions. Rangés par réseau — oblique, rectangulaire, carré, hexagonal — l'ordre du groupe croît de gauche à droite dans chaque rangée.

groupes sans réflexion
groupes retournant le plan
ordres rencontrés
somme des ordres

copie directecopie retournée

Cinq groupes seulement n'ont aucune réflexion — p1, p2, p3, p4, p6 : ce sont exactement ceux dont la signature orbifold ne contient ni étoile ni croix. Les douze autres retournent le plan quelque part, et l'œil le remarque avant de savoir pourquoi : un motif qui contient son propre reflet a une qualité de repos que les autres n'ont pas.

Planche II

La clé de détermination

Devant un carrelage, un tissu, un papier peint, on procède comme un botaniste : par une clé dichotomique. La première question est toujours la même — quel est le plus grand ordre de rotation ? Il ne peut valoir que 1, 2, 3, 4 ou 6. Ensuite trois questions au plus suffisent. Répondez ci-dessous ; le tableau du bas montre que chacun des dix-sept répond de façon unique, ce qui prouve que la clé les sépare tous.

Ou choisissez un groupe et la clé remonte son chemin.

groupes encore possibles
questions posées
conclusion
la clé sépare les dix-sept
grouperotation maxmiroirglissée hors miroirmiroirs perpendiculairestous les centres max sur miroir

Les réponses du tableau ne sont pas recopiées d'un livre : elles sont calculées à partir des tables de transformations, en classant chaque isométrie du groupe, en réduisant les glissements modulo le réseau et en testant si chaque centre de rotation tombe sur un axe de miroir. Que les dix-sept lignes soient deux à deux distinctes est donc une vérification, pas une affirmation.

Planche III

Les faux jumeaux

Quatre confusions classiques. À chaque fois, deux groupes partagent le réseau, l'ordre et les mêmes rotations, et ne se distinguent que par un détail de position — un centre qui tombe sur un miroir, ou juste à côté. Les centres pleins sont posés sur un axe de miroir, les centres creux ne le sont pas : c'est tout ce qui sépare p3m1 de p31m, et p4m de p4g.

à gauche
à droite
centres sur miroir, à gauche
centres sur miroir, à droite

miroirglisséecentre sur miroircentre libre

Pourquoi la notation orbifold est plus honnête. Les sigles cristallographiques p3m1 et p31m se distinguent par la position d'un chiffre, ce qui n'aide personne ; les signatures *333 et 3*3 disent exactement ce qu'il faut voir — dans la première, les trois centres d'ordre 3 sont des coins posés sur le miroir ; dans la seconde, l'un d'eux est un centre libre, placé avant l'étoile.

Planche IV

Le domaine fondamental

Un domaine fondamental est un morceau de plan qui, promené par toutes les transformations du groupe, recouvre le plan exactement une fois. Il en existe une infinité ; celui que la page construit ici est le plus naturel : partant d'un point quelconque, on garde tous les points du plan plus proches de lui que de n'importe laquelle de ses images. Son aire doit valoir l'aire de la maille divisée par l'ordre du groupe — et c'est ce que la mesure affiche.

groupe
ordre par maille
aire de la maille
aire du domaine
aire × ordre / maille

Le domaine change de forme, jamais d'aire. Déplacez le point de base : le polygone se déforme, gagne ou perd des côtés, se recentre — et son aire reste rigoureusement égale à l'aire de la maille divisée par l'ordre. C'est la définition même d'un domaine fondamental, et la seule quantité que le groupe impose. Si le point de base tombe sur un centre de rotation ou sur un miroir, la construction dégénère : le point y a un stabilisateur, et son orbite compte moins d'éléments qu'il n'en faudrait.

Planche V

Dessinez votre papier peint

L'élément décisif, et le plus simple : tracez un trait dans le cadre. Le groupe choisi s'occupe du reste — il reproduit votre geste par toutes ses rotations, ses miroirs et ses glissées, puis par toutes les translations du réseau. Changez de groupe sans effacer : le même trait donnera dix-sept papiers peints différents, et c'est la meilleure façon de comprendre ce que chacun fait réellement.

Dessinez n'importe où : le trait reste où vous l'avez posé, et le groupe le propage.

groupe actif
traits tracés
copies par maille
copies affichées

Ce que les artisans savaient sans le dire. Un tailleur de zellige, un tisserand ou un imprimeur d'indiennes ne connaît pas la liste des dix-sept, mais il connaît le geste : on grave un poinçon, et la répétition fait le reste. Les mosaïques de l'Alhambra couvrent une bonne partie des dix-sept groupes — les spécialistes discutent encore du compte exact, selon qu'on tient compte ou non des couleurs — sans qu'aucun texte du XIVᵉ siècle n'en fasse la théorie. La classification est venue cinq siècles plus tard décrire ce que la main avait déjà épuisé.

Les dix-sept groupes sont donnés par leurs tables de transformations en coordonnées fractionnaires ; motifs, éléments de symétrie, réponses de la clé et domaines fondamentaux en sont tous déduits par le calcul.