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Géométrie

Les lieux géométriques

Chercher tous les points qui obéissent à une condition, puis s’assurer qu’on n’en a pris ni trop ni trop peu : deux questions, cinq planches.

Qu’est-ce qu’un lieu géométrique ?

Un lieu géométrique est l’ensemble de tous les points du plan qui vérifient une condition donnée. Par exemple : « les points situés à 3 cm d’un point O » forment le cercle de centre O et de rayon 3 cm.

Trouver un lieu, c’est reconnaître une figure connue (droite, cercle, arc, ellipse…) et prouver qu’elle coïncide exactement avec l’ensemble cherché. Un dessin peut suggérer la réponse, mais il ne suffit pas : il faut répondre, dans l’ordre, à deux questions.

Question 1 — Quels points vérifient la condition ?

On part d’un point M qui vérifie la condition et l’on démontre qu’il se trouve forcément sur une certaine figure F.

Conclusion : le lieu est contenu dans F. Aucun point n’échappe à F. Mais F est peut-être trop grande.

Question 2 — Tous les points de la figure trouvée la vérifient-ils ?

On part cette fois d’un point quelconque de F et l’on vérifie qu’il satisfait la condition. C’est la réciproque.

Souvent, il faut retirer quelques points, ou même une partie entière de F. Il ne reste rien de trop.

En vert, les points qui vérifient la condition (le lieu) ; en bleu, la figure proposée. À gauche la question 1 seule ne suffit pas (la figure est trop grande) ; au milieu la question 2 seule ne suffit pas (des points du lieu manquent) ; à droite les deux réponses ensemble garantissent l’égalité.

La chasse aux points

Sur chaque planche, la page tire au hasard plusieurs milliers de points et colore en vert ceux qui vérifient la condition à une petite tolérance près. Le lieu « apparaît » tout seul : c’est une excellente façon de deviner la réponse à la question 1. Mais deviner n’est pas démontrer : chaque planche donne ensuite le raisonnement, et la page contrôle numériquement la réciproque sur des milliers de points de la figure trouvée.

Code des couleurs, identique partout : vert = points qui vérifient la condition, bleu = figure trouvée et retenue, rouge = point à étudier ou points à retirer, orange = figure donnée par la question 1 avant le tri de la question 2, violet = points auxiliaires.

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À égale distance de deux points : la médiatrice

Condition : MA = MB. Quels sont les points qui se trouvent exactement à la même distance de A et de B ?

Question 1

Si MA = MB (et M hors de la droite (AB)), le triangle AMB est isocèle en M. Sa médiane issue de M, qui passe par le milieu I de [AB], est aussi une hauteur : (MI) est perpendiculaire à (AB). Si M est sur (AB), l’égalité force M = I.

Donc M est sur la perpendiculaire à (AB) passant par I : la médiatrice de [AB].

Question 2

Prenons un point M quelconque de cette médiatrice. Les triangles MIA et MIB sont rectangles en I, avec IA = IB. Pythagore donne MA² = MI² + IA² = MI² + IB² = MB².

Tous les points conviennent : rien à retirer. Le lieu est la médiatrice entière.

Déplacez A, B et le point M. Points verts : |MA − MB| inférieur à la tolérance. Droite bleue : la médiatrice.
MA—
MB—
|MA − MB|—
Points retenus / tirés—
Q1 — plus grande distance d’un point vert à la médiatrice—
Q2 — plus grand |MA − MB| sur 2001 points de la médiatrice—
Ce qu’il faut voir. Quand on resserre la tolérance ε, la bande verte s’amincit et se colle à la médiatrice : c’est l’intuition de la question 1. Cochez « M glisse sur la médiatrice » : l’écart |MA − MB| reste nul où que soit M, c’est la question 2. Ici, les deux questions donnent la même figure sans rien retirer.
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Voir un segment sous un angle donné

Condition : l’angle AMB vaut un angle fixé θ. Commencez par θ = 90° : quels sont les points d’où l’on voit [AB] « à angle droit » ?

Question 1

Pour θ = 90° : si AMB est rectangle en M, la médiane issue de l’angle droit mesure la moitié de l’hypoténuse, donc IM = IA = IB. M est sur le cercle de diamètre [AB].

Pour un angle θ quelconque, le théorème de l’angle inscrit place M sur deux arcs de cercle symétriques, les arcs capables, de rayon AB / (2 sin θ).

Question 2

Réciproquement, tout point du cercle de diamètre [AB] voit [AB] sous un angle droit (angle inscrit dans un demi-cercle)… sauf A et B eux-mêmes : en M = A, l’angle AMB n’a pas de sens, puisque l’un de ses côtés est de longueur nulle.

Le lieu est le cercle de diamètre [AB] privé des points A et B. C’est la question 2 qui oblige à les retirer.

Points verts : l’angle AMB est à moins de la tolérance de θ. Arcs bleus : la figure trouvée. Cercles rouges évidés : points retirés par la question 2.
Angle AMB mesuré en M—
Rayon des arcs AB / (2 sin θ)—
Distance des deux centres—
Q2 — plus grand écart à θ sur 4000 points des arcs—
Points retirésA et B
Ce qu’il faut voir. À 90°, les deux arcs se rejoignent en un cercle complet (la distance de leurs centres tombe à 0) ; ailleurs ils forment une « lentille » ou un « cœur ». Approchez M de A : l’angle mesuré reste égal à θ jusqu’au bout, mais en A même il n’existe plus. Voilà pourquoi la question 2 doit être posée point par point.
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Un point qui en suit un autre : le centre de gravité

Le point M parcourt un cercle C ; A et B sont fixes. Quel est le lieu du centre de gravité G du triangle ABM ? Ici la condition n’est plus une égalité de longueurs : on cherche le lieu d’un point construit à partir d’un point mobile.

Question 1

Le centre de gravité est situé aux deux tiers de la médiane issue de M : en notant I le milieu de [AB], on a IG = ⅓ IM (en vecteurs). Donc G est l’image de M par l’homothétie de centre I et de rapport ⅓.

Comme M est sur C, G est sur le cercle image C′, de centre O′ (image de O) et de rayon R/3.

Question 2

Soit P un point de C′. L’homothétie réciproque (rapport 3) l’envoie sur un point M de C, et P est bien le centre de gravité de ABM… à condition que ABM soit un vrai triangle. Si M est sur la droite (AB), le triangle est aplati.

Le lieu est C′ privé des images des points où C coupe (AB) : deux, un ou aucun point à retirer selon la position du cercle.

Déplacez le centre O du cercle C, ainsi que A et B ; faites glisser M ou laissez-le tourner. Traînée verte : positions successives de G. Cercle bleu : C′ = image de C par l’homothétie.
IG / IM mesuré—
Rayon de C′ = R/3—
Q1 — plus grand écart |O′G| − R/3 sur 3600 positions—
Points retirés (C ∩ (AB))—
État du triangle ABM—
Ce qu’il faut voir. Le rapport IG / IM ne quitte jamais un tiers : tout le lieu est une copie réduite de C. Au départ, C coupe la droite (AB) : deux trous rouges marquent sur C′ les positions interdites. Remontez O jusqu’à ce que C passe au-dessus de (AB) : les trous disparaissent, et le lieu est le cercle C′ tout entier.
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Un rapport de distances constant : le cercle d’Apollonius

Condition : MA / MB = k, avec k positif fixé. Pour k = 1, on retrouve la planche 1. Que se passe-t-il pour k = 2, c’est-à-dire pour les points deux fois plus loin de A que de B ?

Question 1

On place A(−a ; 0) et B(a ; 0). La condition équivaut à MA² = k² MB², soit (x + a)² + y² = k²[(x − a)² + y²]. Pour k ≠ 1, en développant et en divisant par 1 − k² :

x² + y² + 2a(1 + k²)/(1 − k²) · x + a² = 0 : un cercle de centre Ω sur (AB) et de rayon k · AB / |1 − k²|.

Question 2

Chaque étape du calcul est une équivalence : MA et MB sont positifs, donc MA = k MB ⇔ MA² = k² MB². Le chemin se parcourt dans les deux sens : tout point du cercle vérifie la condition.

Le lieu est le cercle entier (la médiatrice si k = 1). Il a pour diamètre [PQ], où P et Q partagent [AB] dans le rapport k, à l’intérieur et à l’extérieur.

Points verts : MA / MB est proche de k. Cercle bleu : le cercle d’Apollonius. Points violets P et Q : extrémités du diamètre sur (AB).
MA / MB en M—
Centre Ω et rayon—
Q2 — plus grand |MA/MB − k| sur 2000 points du cercle—
Milieu de [PQ] contre Ω (écart)—
Angle PMQ en M—
Ce qu’il faut voir. Faites tendre k vers 1 : le cercle grossit sans limite, son centre s’enfuit, et à k = 1 exactement il devient une droite — la médiatrice de la planche 1. Placez M sur le cercle : l’angle PMQ vaut 90°, car M voit [PQ] à angle droit. Le cercle d’Apollonius est aussi un lieu de la planche 2.
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Quand la question 2 coupe dans la figure

Jusqu’ici, la question 2 retirait au plus quelques points isolés. Voici deux lieux où elle supprime une partie entière de la figure trouvée : l’échelle qui glisse contre un mur, et l’hyperbole obtenue en élevant au carré.

Question 1

Une échelle de longueur L glisse : son pied reste au sol, son sommet contre le mur. Le pied est en (L cos φ ; 0), le sommet en (0 ; L sin φ). Le point P placé à la fraction t de l’échelle en partant du haut a pour coordonnées x = tL cos φ, y = (1 − t)L sin φ.

Comme cos² φ + sin² φ = 1 : x²/a² + y²/b² = 1 avec a = tL, b = (1 − t)L. P est sur une ellipse.

Question 2

Un point de l’ellipse s’écrit (a cos s ; b sin s). L’échelle l’atteint si l’on peut prendre φ = s, donc seulement si s est entre 0° et 90°, c’est-à-dire x ≥ 0 et y ≥ 0. Les trois autres quarts ne sont jamais atteints : il faudrait que l’échelle traverse le mur ou le sol.

Le lieu est un quart d’ellipse — un quart de cercle de rayon L/2 pour le milieu (t = ½).

Ellipse orange en pointillé : figure donnée par la question 1. Arc bleu : partie réellement atteinte. Traînée verte : positions successives du point P.
Demi-axes a = tL et b = (1 − t)L—
Distance OP (coin du mur)—
Q1 — plus grand |x²/a² + y²/b² − 1| sur la traînée—
Q2 — points de l’arc reconstruits par φ (écart max)—
Part de l’ellipse réellement atteinte (3600 points testés)—
Ce qu’il faut voir. Le calcul de la question 1 ne « sait » pas qu’il y a un mur : il fournit l’ellipse complète. C’est la question 2, en cherchant pour chaque point un angle φ possible, qui ne garde qu’un quart (25 % des points testés). Cochez « échelle fantôme » : sans obstacle, l’ellipse entière est parcourue — c’est le principe du compas à ellipse des menuisiers. Avec t = ½, la distance OP reste égale à L/2 : le milieu décrit un quart de cercle.

Question 1

Question 2

Foyers F et F′ fixes (FF′ = 6). Points verts : condition vérifiée à la tolérance près. En orange pointillé, la courbe donnée par le calcul ; en bleu, la partie retenue ; en rouge pointillé, la partie rejetée.
Valeur en M—
Paramètres de la courbe—
Q2 — plus grand écart sur la partie retenue—
Partie rejetée—
Ce qu’il faut voir. Avec MF − MF′ = 2a, la chasse aux points ne colore qu’une seule branche, alors que le calcul (deux élévations au carré) produit l’équation des deux. Sur la branche de gauche, la page mesure MF − MF′ = −2a : l’élévation au carré a fait entrer des points parasites, et seule la question 2 permet de les chasser.

Bilan : ce que chaque question a apporté

ConditionLa question 1 donneLa question 2 retireLieu
MA = MBla médiatrice de [AB]rienla médiatrice entière
angle AMB = 90°le cercle de diamètre [AB]les points A et Ble cercle privé de A et B
angle AMB = θdeux arcs de cercleles points A et Bdeux arcs capables ouverts
G centre de gravité de ABM, M ∈ Cle cercle C′ = h(C)0, 1 ou 2 points (triangles aplatis)C′ éventuellement troué
MA / MB = kun cercle (une droite si k = 1)rien : calcul par équivalencesle cercle d’Apollonius entier
point d’une échelle qui glisseune ellipseles trois quarts de l’ellipseun quart d’ellipse
MF − MF′ = 2aune hyperbole à deux branchesla branche proche de Fune seule branche

Rien n’échappe

La question 1 part d’un point qui vérifie la condition et l’enferme dans une figure. Elle garantit qu’aucun point du lieu n’est oublié, mais pas que la figure est la bonne.

Rien de trop

La question 2 part d’un point de la figure et vérifie la condition. Elle chasse les points parasites : extrémités où la condition n’a plus de sens, triangles aplatis, positions impossibles, branches nées d’une élévation au carré.

Le raccourci des équivalences

Si tout le raisonnement s’écrit avec des « ⇔ », les deux questions sont traitées d’un coup (planche 4). Dès qu’une étape n’est qu’une implication « ⇒ », la question 2 redevient obligatoire.

Pour aller plus loin
  • Où se cachent les points parasites ? Les suspects habituels sont les divisions par une quantité qui peut s’annuler, les élévations au carré d’une quantité qui peut être négative, les figures qui dégénèrent (triangle aplati, angle à côté nul) et les contraintes physiques oubliées (le mur de l’échelle).
  • Des lieux plus riches. Beaucoup de courbes célèbres sont nées comme lieux : la cycloïde (point d’une roue qui roule), la conchoïde de Nicomède, la cissoïde de Dioclès, la strophoïde. Pour chacune, la question 2 mérite d’être posée : la conchoïde, par exemple, possède souvent une boucle que la construction ne parcourt que si l’on accepte des longueurs orientées.
  • Apollonius de Perge (vers 200 av. J.-C.) avait consacré un traité entier aux « lieux plans » ; perdu, il fut reconstitué au XVIIᵉ siècle, notamment par Fermat, à qui l’on doit aussi l’idée de décrire les lieux par une équation en coordonnées.
  • Lieu et ensemble. En langage d’ensembles, la question 1 prouve l’inclusion L ⊂ F et la question 2 l’inclusion F ⊂ L ; les deux ensemble donnent L = F. C’est la méthode de la double inclusion, qui sert bien au-delà de la géométrie.