francebalade.fr       Cours de Mathématiques       Table des matières       Votre avis sur ce site

Équations différentielles — de l'ODE à l'EDP

La chaîne de ressorts et l'émergence de l'équation d'onde

Du fini vers le continu par discrétisation spatiale

On part d'un objet entièrement fini : N masses ponctuelles alignées, reliées à leurs voisines par des ressorts identiques, les deux extrémités étant fixées à un mur. Sa dynamique est une simple équation différentielle ordinaire dans ℝN, pilotée par une matrice tridiagonale. En affinant le maillage — N → ∞, pas h → 0, tout en gardant fixées la longueur, la tension et la masse totales — cette matrice se met à ressembler de plus en plus à un objet d'une autre nature : un opérateur différentiel agissant sur des fonctions. La limite de l'équation différentielle discrète est l'équation aux dérivées partielles de d'Alembert. Les cinq planches ci-dessous suivent ce trajet et le vérifient numériquement à chaque étape.

1

La chaîne de masses-ressorts — l'équation différentielle

N masses de bord fixé, reliées par des ressorts identiques ; l'écart à l'équilibre de chaque masse évolue selon une seule équation matricielle.

masses (déplacement amplifié ×) ligne d'équilibre
forme matricielle m ÿ = (T₀ ⁄ h) · A y   ⟺   ÿ = − ω₀² A y ,  A tridiagonale (2, −1, −1) — le laplacien discret

La masse i ne « sent » que ses deux voisines : force = (T₀⁄h)[(yi+1−yi) − (yi−yi−1)] = (T₀⁄h)(yi+1 − 2yi + yi−1). Empilées pour i = 1…N (avec y₀ = yN+1 = 0 aux murs), ces N équations scalaires se lisent comme une seule équation vectorielle : c'est le passage « système d'équations » → « une équation, en dimension N », la même bascule qui, plus loin, mènera de l'EDO à l'EDP.

pas h = L/(N+1)
masse par point m = ρh
raideur effective T₀/h
ω₀ = √(T₀/(mh)) = c/h
énergie E(t), écart à E(0)
contrôle RK4 vs somme modale
2

Analyse spectrale en dimension finie

Valeurs propres et vecteurs propres de A : les modes propres de vibration de la chaîne finie.

enveloppe continue sin(kπx/L) mode propre numérique vk(j)
mode propre k, k = 1…N A vk = λk vk ,  vk(j) = sin(jkπ/(N+1)) ,  λk = 4 sin²(kπ/(2(N+1)))

Chaque mode oscille seul, à sa fréquence propre ωk = ω₀√λk : c'est une solution où toutes les masses passent par zéro en même temps. Les valeurs propres numériques sortent d'une diagonalisation de Jacobi de la matrice A elle-même ; la formule fermée n'intervient qu'en contrôle.

λk (Jacobi, numérique)
λk = 4 sin²(kπ/2(N+1)) (formule)
écart valeur propre
écart vecteur propre (norme)
ωk = ω₀√λk
période Tk = 2π/ωk

spectre {λ1,…,λN} — le mode choisi en surbrillance

3

Passage à la limite — du quotient discret à la dérivée seconde

Développement de Taylor : pourquoi (u(x+h) − 2u(x) + u(x−h)) / h² tend vers u″(x), et à quelle vitesse.

u(x) = sin(3x+0,4)e^(0,2x) points x₀−h, x₀, x₀+h parabole interpolante
développement de Taylor à l'ordre 4 [u(x+h) − 2u(x) + u(x−h)] / h² = u″(x) + (h²/12)·u⁗(x) + O(h⁴)

C'est exactement ce quotient — divisé par h², pas par h — qui apparaît dans la force ressentie par la masse i (planche 1). Le remplacer par u″(x) est licite seulement à la limite h → 0 ; à h fini, l'erreur commise vaut (h²/12)u⁗(x), un contrôle direct sur la qualité de l'approximation « matrice ≈ opérateur ».

quotient discret
u″(x₀) exact
erreur
erreur / h²
u⁗(x₀)/12 (contrôle)
pente log-log mesurée

erreur |quotient − u″| en fonction de h (log-log) ; pente de référence 2 en pointillé

4

Relation de dispersion — le spectre discret rejoint le spectre continu

ω(κ) = (2c/h)·|sin(κh/2)| pour la chaîne, ω(κ) = cκ pour la corde continue : la même courbe, aplatie près de κ=0.

ω = cκ (corde continue) ω(κ) = (2c/h)|sin(κh/2)| (chaîne) ωk numériques (Jacobi)
limite κh → 0 (2c/h)·sin(κh/2) = cκ − c κ³h²/24 + O(h⁴)  ⟶  cκ

Pour les grandes longueurs d'onde (κ petit, à N fixé) les deux courbes se confondent : c'est la partie « physique » du spectre, celle qui survit à la limite continue. Près du bord de zone (κ → π/h, la plus petite longueur d'onde représentable sur le maillage), la chaîne discrète s'écarte fortement de la droite : c'est une dispersion purement due au maillage, invisible pour l'équation d'onde continue.

h = L/(N+1)
ω₁ discret (mode le + grave)
ω₁ = cκ₁ continu
écart relatif (mode 1)
écart max sur les N modes
contrôle Jacobi vs courbe théorique
5

Signature — l'onde discrète devient l'onde de d'Alembert

Même pincement initial, propagé d'un côté par les N équations différentielles couplées, de l'autre par la formule ½[f(x−ct)+f(x+ct)] : superposés en direct, avec l'écart mesuré et sa loi de convergence.

chaîne discrète (N masses, somme modale exacte) d'Alembert continu, ½[f(x−ct)+f(x+ct)]
équation de d'Alembert (1D) ∂²u/∂t² = c² ∂²u/∂x² ,  c² = T₀/ρ ,  u(x,t) = ½[f̃(x−ct) + f̃(x+ct)]

f̃ est le prolongement impair et 2L-périodique du pincement initial f (méthode des images, imposée par les murs fixes u(0,t)=u(L,t)=0). La somme modale de la chaîne est calculée exactement — sans intégration numérique en temps — via ses propres modes propres (planche 2) ; elle est comparée point par point à cette solution continue.

h = L/(N+1)
écart max discret/continu, t courant
temps simulé t

écart max (sur x∈[0,L], t∈[0,0,4]) en fonction de N — précalculé — avec pente de référence −2 ; le point rouge suit le curseur N. Même exposant qu'en planche 3 : c'est le même reste de Taylor qui gouverne les deux convergences.

francebalade.fr — équations différentielles