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Les relations binaires

Réflexivité, symétrie, antisymétrie, transitivité — relations d’équivalence et relations d’ordre

La page précédente construisait le produit cartésien E × E, c’est-à-dire l’ensemble de tous les couples que l’on peut former avec les éléments de E. Une relation binaire n’est rien d’autre qu’une partie de cet ensemble : pour chaque couple (a, b), on décide s’il est retenu ou non. Écrire a R b signifie exactement « le couple (a, b) appartient à la partie choisie ».

Tout ce que l’on fait ensuite avec les relations — comparer, classer, ordonner, identifier — vient de quatre propriétés que cette partie peut posséder ou non. Les trois premières planches les montrent et les mettent à l’épreuve ; la quatrième construit les ordres et leur diagramme ; la cinquième compte, une par une, toutes les relations possibles sur un petit ensemble.

1Une relation, c’est une partie de E × E

Prenons E = {1, …, n}. Le tableau de droite a une case par couple : la case de la ligne a et de la colonne b est noircie lorsque a R b. Le dessin de droite montre la même chose autrement : une flèche de a vers b, et une boucle quand un élément est en relation avec lui-même. Choisissez une règle, ou cliquez directement dans les cases pour fabriquer votre propre relation.

Les couples retenus

Lectures

couples possibles, card(E × E) = n² : 64
couples retenus, card R : 0
densité card R / n² : 0
relations possibles sur E, 2^(n²) : 0
À retenir. Une relation binaire sur E est une partie R de E × E, rien de plus. Il y a donc autant de relations que de parties de E × E, soit 2^(n²) : déjà plus de 16 millions pour n = 5. Les quatre propriétés de la planche suivante servent à trier ce déluge.

2Les quatre propriétés, vérifiées case par case

Quatre phrases, quatre lectures du tableau. Réflexive : toute la diagonale est noire. Symétrique : le tableau est inchangé par le pli le long de la diagonale. Antisymétrique : aucune paire de cases symétriques n’est noire toutes les deux (la diagonale, elle, fait ce qu’elle veut). Transitive : dès que a R b, la ligne b doit être entièrement contenue dans la ligne a. Les boutons « examiner » font défiler la vérification, un cas après l’autre, et cerclent les contre-exemples en rouge.

Examen en cours

Choisissez une propriété à examiner.

Bilan

Le piège classique. « Antisymétrique » n’est pas le contraire de « symétrique ». L’égalité est les deux à la fois ; la relation « a + b = 9 » n’est ni l’une ni l’autre dès qu’on lui ajoute la relation « b = a + 1 ». Antisymétrique veut seulement dire : deux éléments distincts ne peuvent pas se répondre l’un l’autre.

3Les relations d’équivalence : classer, c’est partager

Une relation réflexive, symétrique et transitive s’appelle une relation d’équivalence. Elle range automatiquement E en paquets : la classe de a est l’ensemble des éléments qui lui sont liés. Ces paquets ne sont jamais vides, ne se recoupent jamais et recouvrent tout E — autrement dit, ils forment une partition. Regardez les jetons se ranger, et vérifiez le compte : si les classes ont pour effectifs c₁, …, c_k, alors card R = c₁² + … + c_k².

Les classes

Contrôles

Diagnostic

Combien de façons de classer ?

Se donner une relation d’équivalence sur E ou se donner une partition de E, c’est la même chose : à chaque partition correspond une équivalence et une seule. Compter les équivalences revient donc à compter les partitions — ce sont les nombres de Bell. La page les énumère réellement, une par une, et les confronte au triangle de Bell.

npartitions énuméréesnombre de Bell Bₙécartrelations 2^(n²)
À retenir. Équivalence et partition sont deux mots pour un même objet. L’ensemble des classes se note E / R : c’est l’ensemble quotient, celui que l’on manipule quand on dit « les entiers pairs et les entiers impairs » ou « modulo 3 ».

4Les relations d’ordre et le diagramme de Hasse

Une relation réflexive, antisymétrique et transitive est une relation d’ordre. On peut alors dessiner l’ensemble par étages : on monte quand on grandit. Le diagramme de Hasse ne garde que le strict nécessaire — on efface les boucles (elles sont partout) et tous les traits que la transitivité impose déjà. Il ne reste que les couvertures immédiates, et pourtant la relation entière s’en déduit. Cliquez sur un élément pour voir ce qui est au-dessus et au-dessous de lui ; cliquez sur un second pour obtenir leurs bornes.

Lectures

Éléments choisis

Cliquez un élément du diagramme.

Contrôle : le diagramme suffit-il ?

À retenir. Un ordre est total lorsque deux éléments sont toujours comparables : son diagramme est une simple échelle. Sinon il est partiel, et le nombre de paires incomparables mesure exactement ce qui manque. La divisibilité sur les diviseurs de 36, ou l’inclusion entre parties, sont des ordres partiels tout à fait ordinaires : rien n’oblige deux objets à être comparables.

5Le hasard n’est presque jamais transitifplanche signature

Sur un ensemble à n éléments il existe 2^(n²) relations. La page les passe toutes en revue, une par une, et compte celles qui ont chaque propriété. Trois de ces décomptes obéissent à une formule exacte, que le résultat mesuré doit retrouver au couple près. Un quatrième — la transitivité — n’a aucune formule connue, et c’est précisément lui qui s’effondre.

nrelations 2^(n²)réflexivessymétriquesantisymétriquestransitiveséquivalencesordres

Mesuré contre formule

Lancez le décompte.

L’effondrement

En portant en échelle logarithmique la proportion de relations transitives, la chute est nette : 100 % à n = 1, puis 81 %, 33 %, 6 %, 0,46 %… Le tirage au sort ci-dessous fabrique des relations au hasard et compte celles qui passent le test ; la proportion mesurée rejoint la valeur exacte, et devient introuvable dès n = 7.

Résultat du tirage

Aucun tirage lancé.
Ce que dit la planche. Être réflexive, symétrique ou antisymétrique, c’est une contrainte case par case : on sait compter. Être transitive, c’est une contrainte sur des triplets, qui se propage — aucune formule close n’est connue, et la proportion s’écroule. Autrement dit, les relations dont on se sert tous les jours, les ordres et les équivalences, sont des objets rarissimes parmi toutes les relations imaginables : ce ne sont pas des cas particuliers commodes, ce sont des exceptions.