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Cahier de géométrie — théorie des ensembles, quinzième planche

Les probabilités

Une probabilité est un triplet : un ensemble Ω, une famille 𝒜 de parties de Ω qu'on accepte de mesurer, et une fonction P qui donne à chacune un nombre entre 0 et 1. Tout le reste — conditionnement, indépendance, variables aléatoires, Bayes — se lit comme des opérations sur des parties et des applications. La planche finit sur un paradoxe qui montre que « au hasard » ne veut rien dire tant qu'on n'a pas choisi la mesure.

1Ω et la tribu : quelles parties accepte-t-on de mesurer ?

Kolmogorov, 1933. On se donne un ensemble Ω, puis une famille 𝒜 ⊆ 𝒫(Ω) contenant Ω, stable par complémentaire et par réunion : c'est une tribu, et ses éléments sont les événements. Cliquez des parties de Ω = { a, b, c, d } : la page ajoute le strict nécessaire.

2Mesurer, pas compter

La roue ci-dessous a douze secteurs d'angles inégaux : la probabilité d'un événement n'est pas le nombre de secteurs, c'est la somme de leurs angles. Seules comptent deux exigences : P(Ω) = 1, et l'additivité sur les parties disjointes. Tout le reste s'en déduit — y compris la formule du crible.

3Conditionner, c'est changer d'univers

Savoir que B est réalisé ne modifie pas les événements : cela remplace Ω par B, et il faut alors diviser par P(B) pour que le nouvel univers pèse encore 1. Le carré ci-dessous montre l'opération en entier, sur l'exemple d'un test de dépistage.

0,50 %
99,0 %
97,0 %

Monty Hall : l'univers tient en neuf cases

Trois portes, une voiture. Vous choisissez, le présentateur ouvre une porte vide, vous pouvez changer. La discussion s'arrête dès qu'on écrit Ω : les neuf couples (porte gagnante, porte choisie), équiprobables. Changer gagne exactement lorsque le premier choix était mauvais.

4Une variable aléatoire est une application

Rien d'aléatoire dans une variable aléatoire : X est une application de Ω dans ℝ. Ce qui est aléatoire, c'est le point de Ω qu'on tire. La loi de X n'est rien d'autre que la mesure transportée : P(X = k) = P(X⁻¹({k})) — on regroupe les antécédents.

5Le paradoxe de Bertrand

Élément signature. « On trace une corde au hasard dans un cercle : quelle est la probabilité qu'elle soit plus longue que le côté du triangle équilatéral inscrit ? » Trois façons également naturelles de tirer répondent 1/3, 1/2 et 1/4. L'ensemble des cordes est pourtant le même dans les trois cas : c'est la mesure qui change.

Le nuage des milieux : pourquoi les trois réponses diffèrent

Une corde est déterminée par son milieu. Les trois méthodes ne répartissent pas ces milieux de la même façon dans le disque — et comme la corde est longue exactement quand son milieu est à moins d'un demi-rayon du centre, il suffit de regarder la densité des nuages pour comprendre les trois réponses.

Nouvelle planche de la série consacrée à la théorie des ensembles. Les tribus sur quatre points sont comptées en examinant les 65 536 familles de parties, la formule du crible est éprouvée sur cent mille triplets d'événements à poids quelconques, l'espérance est calculée de deux façons et comparée, l'indépendance est testée couple par couple, et les trois méthodes de Bertrand sont simulées sur cinq cent mille cordes chacune.