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Mécanique

La dynamique

Pourquoi les objets bougent comme ils bougent : les forces, la masse, les interactions — et les trois lois de Newton qui relient tout cela au mouvement.

Des causes au mouvement

La cinématique décrit le mouvement : où est l'objet, à quelle vitesse il va, comment sa vitesse change. La dynamique va plus loin : elle cherche pourquoi la vitesse change. Sa réponse tient en un mot : les forces. Une force est une action exercée sur un objet par un autre objet — la Terre qui attire, la main qui pousse, le sol qui frotte, le ressort qui tire. Elle se mesure en newtons (N) ; un newton, c'est à peu près le poids d'une pomme de 100 g.

Face à une même force, tous les objets ne réagissent pas pareil : un ballon démarre au quart de tour, un camion à peine. Ce qui résiste au changement de vitesse, c'est la masse, mesurée en kilogrammes. Toute la dynamique classique repose sur trois lois énoncées par Isaac Newton en 1687 :

LoiCe qu'elle ditEn une formulePlanche
1. Principe d'inertieUn objet sur lequel aucune force n'agit (ou dont les forces se compensent) garde la même vitesse : il reste immobile ou file tout droit, à allure constante.ΣF = 0 ⇔ v constante1
2. Principe fondamentalLa somme des forces fait changer la vitesse : l'accélération est proportionnelle à la force et inversement proportionnelle à la masse.ΣF = m·a2 et 4
3. Action et réactionQuand A exerce une force sur B, B exerce sur A une force égale et opposée. Les forces vont toujours par paires.FA→B = −FB→A3

Les forces que l'on rencontre le plus souvent

ForceOrigineValeur
Le poidsl'attraction de la TerreP = m·g, avec g = 9,81 m/s² à la surface
La réaction du supportle sol ou la table qui empêche de s'enfoncerperpendiculaire au support, juste ce qu'il faut
Le frottementles aspérités des surfaces en contactf = μ·N (loi de Coulomb), opposé au glissement
La tension d'un ressortl'élasticité du matériauF = k·Δℓ (loi de Hooke)
La résistance de l'airl'air qu'il faut écarterenviron ½·ρ·Cx·S·v², croît comme le carré de la vitesse
La gravitationl'attraction entre deux massesF = G·m1·m2/r²

Dans toute la page, les forces sont en rouge, la vitesse en orange, l'accélération en violet, et les valeurs de référence données par les formules en vert.

Planche 1

Première loi — sans force, la vitesse ne change pas

Pendant deux mille ans, on a cru, avec Aristote, qu'il fallait une force pour entretenir un mouvement : si l'on cesse de pousser, l'objet s'arrête. C'est faux. Si un palet lancé finit par s'arrêter, c'est qu'une force le freine : le frottement. Réduisez-le, le palet glisse de plus en plus loin ; supprimez-le, il ne s'arrête plus jamais. C'est le principe d'inertie, deviné par Galilée et énoncé par Newton.

Force de frottement f = μ·m·g  ·  décélération a = f/m = μ·g  ·  distance d'arrêt d = v₀²/(2μg)
Le palet (bleu), sa vitesse (flèche orange) et la force de frottement qui s'exerce sur lui (flèche rouge, toujours opposée au mouvement).
La vitesse au cours du temps. Avec frottement, c'est une droite descendante de pente −μg ; sans frottement, une droite horizontale : la vitesse est conservée.
Force de frottement f = μ·m·g—
Décélération mesurée sur la simulation—
Distance d'arrêt mesurée (Runge-Kutta)—
Durée du glissement—
Distance d'arrêt avec une masse dix fois plus grande—
Ce qu'il faut voir. La vitesse ne diminue que parce qu'une force s'y oppose ; sans elle, rien ne la change. Et, surprise, la masse ne change pas la distance d'arrêt : un palet dix fois plus lourd subit un frottement dix fois plus fort, mais il est aussi dix fois plus difficile à freiner. Les deux effets s'annulent exactement, parce que la masse est à la fois ce qui est attiré (le poids) et ce qui résiste au changement (l'inertie).
Planche 2

Deuxième loi — la force fait l'accélération, la masse la freine

Deux chariots posés sur un rail sans frottement reçoivent exactement la même poussée F, pendant 2 secondes. Le plus léger démarre plus vite. La deuxième loi de Newton dit de combien : l'accélération est la force divisée par la masse. Doublez la force, l'accélération double ; doublez la masse, elle est divisée par deux. Après les 2 secondes, plus aucune force : chaque chariot continue à vitesse constante, comme le veut la première loi.

ΣF = m·a   ⇔   a = F / m
Même force (rouge) sur les deux chariots, dont la taille suit la masse. Les graduations sont en mètres.
Vitesse des deux chariots au cours du temps. Pendant la poussée, la pente de chaque droite est l'accélération F/m.
Accélération du chariot bleu (mesurée sur les positions)—
Accélération du chariot violet (mesurée)—
Rapport des accélérations bleu / violet—
Vitesses après la poussée—
Quantité de mouvement m·v après la poussée—
Ce qu'il faut voir. Le chariot trois fois plus lourd accélère trois fois moins et finit trois fois moins vite. Mais le produit m·v, la quantité de mouvement, est le même pour les deux : il vaut exactement F·Δt. C'est l'autre façon de lire la deuxième loi : une force qui agit pendant une durée Δt transmet à l'objet une quantité de mouvement F·Δt, qu'on appelle l'impulsion.
Planche 3

Troisième loi — les forces vont toujours par paires

Deux patineurs immobiles sur la glace se repoussent au moyen d'un ressort comprimé entre eux. Le ressort pousse A vers la gauche et, au même instant, B vers la droite, avec la même force. On ne peut pas pousser sans être poussé : c'est le principe des actions réciproques. Il explique qu'on marche (on pousse le sol vers l'arrière, le sol nous pousse vers l'avant), qu'on nage, qu'un canon recule et qu'une fusée avance.

FA→B = −FB→A   ⇒   mA·vA + mB·vB reste égal à 0
Pendant la détente, les deux forces rouges ont toujours exactement la même longueur. Ensuite, chaque patineur file à vitesse constante (flèches orange). Ressort de raideur 2 000 N/m.
Force maximale sur A et sur B—de sens opposés
Vitesses finales de A et de B—
Rapport v_B / v_A—
Quantité de mouvement totale (écart maximal à 0)—sur toute la simulation
Énergie cinétique finale—
Ce qu'il faut voir. Les deux forces sont égales, mais leurs effets ne le sont pas : le patineur deux fois plus léger part deux fois plus vite. La somme mA·vA + mB·vB était nulle au départ et le reste à chaque instant : la quantité de mouvement d'un système isolé se conserve. Attention : les deux forces d'une paire s'exercent sur deux objets différents, elles ne s'annulent donc jamais l'une l'autre.
Planche 4

Le bilan des forces — une caisse sur une pente

Dans la vie réelle, plusieurs forces agissent en même temps. La méthode du physicien est toujours la même : (1) choisir l'objet étudié ; (2) faire la liste de toutes les forces qui s'exercent sur lui ; (3) les additionner comme des flèches ; (4) appliquer ΣF = m·a. Sur une pente, trois forces : le poids P, vertical ; la réaction N de la pente, perpendiculaire à elle ; le frottement f, le long de la pente, qui s'oppose au glissement.

Perpendiculairement : N = m g cos α  ·  le long de la pente : m a = m g sin α − μ N  ⇒  a = g (sin α − μ cos α)
Forces en rouge, à la même échelle : P le poids, N la réaction, f le frottement. La flèche violette est leur somme, la force résultante, qui vaut m·a. Pente de 8 m.
Poids P = m·g—
Réaction N et frottement f—
Force résultante le long de la pente—
Accélération mesurée (Runge-Kutta, 2·d/t²)—
Angle limite de glissement (dichotomie)—
Durée de la descente—
Ce qu'il faut voir. En dessous de l'angle limite, la caisse reste immobile : le frottement compense exactement la composante du poids le long de la pente, la résultante est nulle — c'est la première loi. Au-delà, elle glisse avec une accélération qui ne dépend pas de la masse. Sans frottement, a = g·sin α : le plan incliné « dilue » la pesanteur, ce qui permit à Galilée d'étudier la chute avec les horloges de son temps.
Planche 5 · signature

La dynamique au travail — quatre applications

Les mêmes trois lois suffisent à comprendre la chute d'un parachutiste, l'orbite d'un satellite, la montée d'une fusée et le rôle d'une ceinture de sécurité. Dans chaque cas, la page écrit ΣF = m·a, résout l'équation pas à pas (méthode de Runge-Kutta d'ordre 4) et confronte le résultat à la formule classique.

Deux forces : le poids m g, vers le bas, et la résistance de l'air ½ρ·CxS·v², vers le haut, qui grandit avec la vitesse. Au début, seul le poids compte et le parachutiste accélère ; puis la résistance rattrape le poids, les forces se compensent et la vitesse cesse d'augmenter : c'est la vitesse limite. À l'ouverture, la voilure multiplie la surface par près de cent, la résistance l'emporte largement, et le parachutiste est violemment freiné jusqu'à une nouvelle vitesse limite, bien plus faible.

Vitesse limite :   m g = ½ ρ CxS vlim²  ⇒  vlim = √(2 m g / (ρ CxS))
En orange, la vitesse de chute ; en pointillé vert, les deux vitesses limites calculées par la formule ; en violet, la décélération ressentie, en multiples de g (échelle de droite). Surface équivalente CxS : 0,45 m² en chute libre, 40 m² voile ouverte (ouverture progressive en 3 s), air à 1,2 kg/m³.
Vitesse limite en chute libre (formule)—
Vitesse juste avant l'ouverture (Runge-Kutta)—
Hauteur perdue avant l'ouverture—
Freinage maximal à l'ouverture—
Vitesse limite sous voile—

Une seule force : l'attraction de la Terre, toujours dirigée vers son centre. Elle ne ralentit pas le satellite, elle courbe sa trajectoire. Un satellite en orbite est un objet qui tombe sans cesse vers la Terre, mais qui va si vite de côté qu'il la manque toujours — c'est l'image du boulet de canon de Newton. Réglez l'altitude, puis la vitesse de départ par rapport à la vitesse circulaire.

Orbite circulaire :   G M m / r² = m v² / r  ⇒  v = √(G M / r)  ·  période (Kepler) T = 2π √(a³ / G M)
La Terre à l'échelle. Flèche rouge : la force de gravitation, qui grandit quand le satellite se rapproche. Flèche orange : la vitesse. Une période simulée dure 8 secondes à l'écran.
Vitesse de départ—
Nature de la trajectoire—
Période mesurée (Runge-Kutta, retour au point de départ)—
Dérive de l'énergie sur une révolution—relative ; l'énergie doit se conserver
Altitude géostationnaire (période d'un jour sidéral, dichotomie)—valeur de référence : 35 786 km

Une fusée n'a rien sur quoi s'appuyer : elle avance en éjectant vers l'arrière, à grande vitesse, les gaz de sa combustion. D'après la troisième loi, les gaz poussent la fusée vers l'avant : c'est la poussée, égale au débit de gaz multiplié par leur vitesse d'éjection. Mais la fusée s'allège à mesure qu'elle brûle son carburant, donc la même poussée l'accélère de plus en plus. Konstantin Tsiolkovski a calculé en 1903 le gain de vitesse total.

Équation de Tsiolkovski :   Δv = ve · ln(m0 / mf)   (moins g·tc au décollage vertical)
Fusée de 100 tonnes au départ, combustion de 150 s à débit constant. En orange, la vitesse ; en pointillé gris, la masse restante (échelle de droite). La pente de la courbe orange — l'accélération — croît à mesure que la fusée s'allège.
Poussée—
Gain de vitesse Δv mesuré (Runge-Kutta)—
Accélération au début et à la fin de la combustion—
Comparaison avec la vitesse orbitale (7,7 km/s)—sans compter les pertes dues à la pesanteur et à l'air

Une voiture percute un mur. Le passager continue sur sa lancée (première loi) jusqu'à ce qu'une force l'arrête : la ceinture et l'airbag, ou bien le tableau de bord. Pour passer de sa vitesse à zéro, il doit recevoir une impulsion F·Δt égale à sa quantité de mouvement m v (deuxième loi). Cette impulsion est imposée ; ce que l'on peut choisir, c'est la durée. S'arrêter sur 60 cm plutôt que sur 5 cm, c'est allonger Δt et diviser la force d'autant.

F·Δt = m·v  ·  force moyenne sur une distance d'arrêt d :  F = m v² / (2d)
En rouge, la force exercée sur le passager au cours du choc (profil en demi-sinusoïde). En gris, les mêmes courbes pour 5 cm (tête contre le tableau de bord) et 60 cm (ceinture et airbag). Les trois aires sont égales : c'est l'impulsion m v.
Durée du freinage du corps—
Force moyenne—
Force maximale—
Impulsion ∫F dt (Simpson)—
Contrôle Runge-Kutta : distance parcourue et vitesse finale—
Ce qu'il faut voir. Quatre situations très différentes, une seule démarche : faire la liste des forces, écrire ΣF = m·a, en déduire le mouvement. Le parachutiste montre des forces qui se compensent (vitesse limite) ; le satellite, une force qui courbe sans ralentir ; la fusée, l'action et la réaction appliquées à une masse qui change ; la ceinture, l'impulsion : pour une même variation de vitesse, plus le choc dure, plus la force est faible.

Une brève histoire des causes du mouvement

En résumé

Première loi — l'inertie

Sans force résultante, la vitesse ne change pas, ni en valeur ni en direction. Un objet immobile reste immobile ; un objet en mouvement file tout droit. Il ne faut pas de force pour avancer, il en faut pour changer de vitesse.

Deuxième loi — ΣF = m·a

La somme des forces fixe l'accélération, la masse s'y oppose. Sous forme d'impulsion : une force F agissant pendant Δt change la quantité de mouvement de F·Δt.

Troisième loi — action et réaction

Les forces vont par paires égales et opposées, appliquées à deux objets différents. Conséquence : la quantité de mouvement totale d'un système isolé se conserve.

D'autres applications de la dynamique

DomaineCe que la dynamique permet de calculer
Sécurité routièredistances de freinage, adhérence dans un virage (vitesse maximale √(μgR)), dimensionnement des ceintures, airbags et zones déformables
Bâtiment et génie civiléquilibre des ponts, des charpentes et des grues (ΣF = 0), tenue des ouvrages au vent et aux séismes
Transportspuissance des moteurs, confort des ascenseurs et des trains (limitation des accélérations), tracé des voies en courbe avec dévers
Espacemise en orbite, transferts entre orbites, assistance gravitationnelle, rentrée atmosphérique
Sporttrajectoire d'un ballon, d'un javelot, d'un saut à ski ; appui au sol d'un sprinteur ; rebond d'une balle de tennis
Robotique et animationcommande des bras articulés, simulation physique des jeux vidéo et des films d'animation
Astronomiemouvement des planètes, découverte de Neptune par le calcul (1846), masse des étoiles doubles et des galaxies
Pour aller plus loin

Référentiels galiléens. Les lois de Newton ne sont valables que dans certains référentiels, dits galiléens (ou inertiels) : ceux où le principe d'inertie est vrai. Un référentiel lié au sol l'est avec une très bonne approximation. Dans une voiture qui freine ou un manège qui tourne, les objets semblent poussés par des forces qui n'ont pas d'auteur (on les appelle forces d'inertie) : c'est le signe qu'on a quitté un référentiel galiléen.

Masse inerte et masse pesante. La masse joue deux rôles : elle résiste au changement de vitesse (dans F = m a) et elle est attirée par la Terre (dans P = m g). Qu'il s'agisse de la même quantité explique que tous les corps tombent de la même façon dans le vide, et que la masse disparaisse des planches 1 et 4. Einstein a fait de cette coïncidence le point de départ de la relativité générale.

Énergie et travail. Une autre façon de faire de la dynamique : le travail d'une force (force × déplacement) change l'énergie cinétique ½m v² de l'objet. C'est souvent plus rapide que d'intégrer F = m a pas à pas — la distance de freinage de la planche 1 s'obtient ainsi en une ligne : μm g·d = ½m v₀².

Rotations. Pour les objets qui tournent (roues, toupies, planètes sur elles-mêmes), la même logique s'applique avec des équivalents : le moment d'une force joue le rôle de la force, le moment d'inertie celui de la masse.