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Cahier de physique · cristallographie

La cristallographie : où sont les atomes, et comment se répètent-ils ?

Un grain de sel, une pépite de cuivre, un diamant : à l'œil, rien de commun. À l'échelle de l'atome, tous obéissent à la même règle — un petit motif d'atomes recopié à l'identique, des milliards de milliards de fois, dans les trois directions de l'espace. Cette page montre comment on décrit cet ordre, puis comment on le lit sans jamais voir un seul atome.

L'idée en une phrase

Un cristal est un solide dont les atomes sont rangés de façon périodique : il existe trois vecteurs a, b, c tels que, si l'on déplace tout le cristal de l'un d'eux, chaque atome vient exactement à la place d'un atome identique. Tout se résume alors en une égalité :

cristal = réseau + motif

Le réseau est l'ensemble des points n1a + n2b + n3c (avec des entiers ni) : c'est la « grille » abstraite qui dit comment on répète. Le motif est le petit groupe d'atomes accroché à chaque point de la grille : il dit quoi on répète. La maille est la boîte construite sur a, b, c ; empilée sans trou ni recouvrement, elle remplit tout l'espace.

Les distances entre atomes valent quelques dixièmes de nanomètre, soit quelques angströms (1 Å = 10⁻¹⁰ m). Aucun microscope optique ne peut les montrer : la lumière visible a une longueur d'onde mille fois plus grande. C'est pourquoi la cristallographie est née d'un détour — envoyer des rayons X, dont la longueur d'onde est de l'ordre de l'angström, et interpréter la figure qu'ils dessinent. Les planches 1 à 3 décrivent l'ordre ; les planches 4 et 5 montrent comment on le lit.

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Réseau + motif : une petite boîte suffit

Comment une seule maille peut-elle décrire un cristal entier ?

Choisissez un cristal réel, puis faites croître le bloc de mailles. Chaque atome situé sur la frontière d'une maille est partagé avec ses voisines : un atome de sommet appartient à 8 mailles (il compte pour ⅛), un atome d'arête à 4 (¼), un atome de face à 2 (½), un atome intérieur à une seule. Ce décompte donne le nombre Z de motifs par maille ; avec la masse des atomes et la taille de la maille, il prédit la masse volumique du cristal, que l'on compare à la valeur mesurée sur un morceau réel.

Faites glisser pour tourner le bloc. Les arêtes épaisses entourent le bloc, les fines séparent les mailles.

Décompte dans une maille (fractions)—
Motifs par maille Z (liste du motif)—
Atomes du bloc fermé ÷ nombre de mailles—
Masse volumique calculée—
Masse volumique mesurée—
Écart relatif—
Mailles dans 1 mm³ de ce cristal—
Ce qu'il faut retenir. Les fractions ⅛, ¼, ½ ne sont pas une convention : c'est le seul décompte qui rende le cristal additif. Dans un bloc fermé, les atomes de la surface sont comptés sans être partagés, d'où un excès qui fond comme 1/n quand le bloc grandit. Et la formule ρ = Z M / (NA a³) retrouve la masse volumique mesurée à quelques millièmes près : la maille est bien la vérité du cristal.
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Sept systèmes, quatorze réseaux

De combien de façons différentes peut-on répéter un point dans l'espace ?

Une maille est fixée par six nombres : les longueurs a, b, c et les angles α (entre b et c), β (entre a et c), γ (entre a et b). Selon les égalités imposées entre ces nombres, on obtient sept systèmes cristallins. En ajoutant des points au centre de la maille (I, pour innenzentriert), au centre de toutes les faces (F) ou de deux faces opposées (C), Auguste Bravais montra en 1848 qu'on obtient exactement quatorze réseaux distincts. La page compte, pour chaque réglage, les symétries du réseau : toutes les isométries fixant un nœud qui renvoient le réseau sur lui-même, trouvées par une recherche exhaustive parmi les vecteurs du réseau.

Bleu : nœuds de sommet ; rouge : nœuds de centrage ; orange : maille primitive (la plus petite boîte qui répète le réseau). Faites glisser pour tourner.

Volume de la maille (formule des angles)—
Volume |det(a, b, c)|—
Nœuds par maille—
Volume primitif |det| ÷ (volume ÷ nœuds)—
Symétries comptées—
Attendu pour le système—
Pourquoi quatorze et pas vingt-huit ? Sept systèmes × quatre centrages donneraient vingt-huit cases, mais beaucoup sont des doublons : un réseau quadratique « à faces centrées » n'est qu'un réseau quadratique centré vu dans une maille deux fois trop grande (bouton « Piège »). Essayez aussi le rhomboédrique : à α = 90° il devient cubique simple, à α = 60° cubique à faces centrées, à α = 109,47° cubique centré — le compteur de symétries saute alors de 12 à 48. Un système n'est donc pas défini par la forme de la boîte mais par les symétries du réseau.
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Ranger des boules le plus serré possible

Pourquoi tant de métaux choisissent-ils les mêmes arrangements ?

Dans un métal, les atomes se comportent à peu près comme des boules dures qui cherchent à se toucher le plus possible. On mesure le remplissage par la compacité : la fraction du volume de la maille occupée par les boules. La page la calcule par la formule, puis la mesure indépendamment en jetant des points au hasard dans la maille (méthode de Monte-Carlo) : un point rouge tombe dans une boule, un point gris dans le vide.

Boules réduites pour laisser voir les points tirés ; à 100 %, elles ont leur taille réelle et se touchent. Faites glisser pour tourner.

Compacité (formule)—
Compacité mesurée (Monte-Carlo)—
Points tirés—
Écart en unités d'incertitude—
Voisins au contact (coordinence)—
Rayon ÷ arête a—

Empiler des couches : A, B, C

Une couche de boules jointives forme des hexagones. La couche suivante se pose dans la moitié des creux (position B). Pour la troisième, deux choix : au-dessus de la première (A), ou dans les creux restés libres (C). La suite ABCABC… donne le cubique à faces centrées, la suite ABAB… l'hexagonal compact. Les deux ont exactement la même compacité ; Kepler l'avait conjecturée maximale en 1611, Thomas Hales l'a démontré en 1998 (preuve vérifiée par ordinateur en 2014).

À gauche, vue de dessus ; à droite, vue de côté (boules réduites pour la lisibilité). Bleu : couche A, rouge : B, vert : C.
Séquence—
Hauteur entre couches ÷ diamètre—
Distance mesurée à un voisin de la couche du dessous—
Ce que disent les chiffres. Cubique simple 52,36 %, cubique centré 68,02 %, cubique à faces centrées et hexagonal compact 74,05 % : on ne fait pas mieux avec des boules égales. Le cuivre, l'aluminium et l'or sont cubiques à faces centrées ; le magnésium, le titane et le zinc hexagonaux compacts ; le fer ordinaire se contente du cubique centré. Le diamant, à 34,01 %, est presque vide : ses atomes ne cherchent pas à se serrer mais à former quatre liaisons dirigées, d'où sa coordinence de 4.
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Plans réticulaires et loi de Bragg

Comment voir des atomes qu'aucun microscope ordinaire ne peut montrer ?

Les nœuds d'un réseau se groupent en familles de plans parallèles équidistants. On repère une famille par ses indices de Miller (h k l) : le plan de la famille le plus proche de l'origine coupe les axes en a/h, a/k, a/l (un indice nul veut dire : parallèle à cet axe ; un indice négatif s'écrit surligné, 1̄). Dans un réseau cubique, l'écart entre plans voisins vaut d = a / √(h² + k² + l²). La page mesure aussi cet écart autrement, par la géométrie : volume d'une maille primitive divisé par l'aire occupée par un nœud dans le plan.

Bleu : plans prévus par la formule et occupés par des nœuds. Violet : plans d'atomes intercalés, que la formule ne prévoit pas. Orange pointillé : prévus mais vides. Contour rouge : le plan qui coupe les axes en a/h, a/k, a/l.
Famille—
d selon la formule (en a)—
d des plans réellement occupés (volume ÷ aire)—
Rapport—

La loi de Bragg : 2 d sin θ = n λ

Des rayons X de longueur d'onde λ frappent les plans sous l'angle θ. Chaque plan en renvoie une petite partie, comme un miroir à peine argenté. Le rayon réfléchi par le plan du dessous parcourt un chemin plus long de 2d sin θ (les deux segments rouges). Si ce supplément vaut un nombre entier de longueurs d'onde, toutes les ondes arrivent en phase et s'additionnent : on observe un faisceau intense. Sinon, elles se détruisent mutuellement. Le graphique de droite additionne pour de vrai les ondes renvoyées par N plans.

En bas : l'onde du plan 1 (bleu), celle du plan 2 (orange) et leur somme (rouge).
Intensité réfléchie I/N² en fonction de θ ; pointillés verts : angles prévus par arcsin(nλ/2d).
Différence de marche 2d sin θ, en λ—
Intensité I/N² à cet angle—
Pic d'ordre 1 : arcsin(λ/2d)—
Pic d'ordre 1 : maximum cherché numériquement—
Largeur à mi-hauteur du pic—
Largeur × N—
Deux leçons. D'abord, la formule a/√(h²+k²+l²) ne dit pas toujours la vérité : dans le cubique centré (réglage 1 0 0), un plan d'atomes, celui des centres des cubes, s'intercale à mi-distance entre deux plans de la formule — les vrais plans atomiques sont deux fois plus serrés. Sous rayons X, les ondes des plans intercalés arrivent en opposition de phase et la réflexion (1 0 0) disparaît : c'est une extinction, que la planche 5 exploite. Ensuite, plus il y a de plans, plus le pic est fin : la largeur varie comme 1/N. Un cristal de quelques millions de plans donne donc des angles de Bragg d'une netteté extraordinaire.
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Lire un cristal dans ses taches

Si l'on ne voit que la figure de diffraction, peut-on retrouver où sont les atomes ?

C'est le cœur du métier de cristallographe. Premier volet : le diffractogramme de poudre, que l'on obtient en éclairant une poudre fine (des millions de petits cristaux orientés au hasard) avec la raie Kα du cuivre, λ = 1,5406 Å. Chaque famille de plans donne une raie à l'angle 2θ de Bragg ; son intensité est fixée par le facteur de structure F(hkl) = Σ fj e2πi(hxj+kyj+lzj), somme des ondes diffusées par les atomes du motif. Le programme calcule ce diagramme, puis joue le détective : à partir des seules positions des raies, il essaie les quatre lectures possibles du réseau et confronte chacune à la masse volumique mesurée. Second volet : l'espace réciproque, la figure complète de diffraction d'un cristal à deux dimensions.

Raies calculées (indices h k l au-dessus). Petits traits gris en bas : familles permises par la géométrie cubique mais éteintes par le facteur de structure.
Raies présentes (2θ ≤ 150°)—
Raies éteintes—
Paramètre vrai a—
Suite des sin²θ divisés par le premier—
—

Un cristal plan de N × N atomes est éclairé ; pour chaque vecteur de diffusion q, la page additionne les ondes e−iq·r de tous les atomes et trace l'intensité (échelle logarithmique). Les taches tombent exactement sur les nœuds du réseau réciproque, construit sur des vecteurs a*, b* tels que a·a* = 2π et a·b* = 0.

Espace réel : les atomes (rouge : atome central du motif).
Espace réciproque : intensité diffractée ; cercles rouges : nœuds calculés par la formule de a*, b*.
Contrôle a·a* ÷ 2π et a·b*—
Intensité en a* (tache 1 0) ÷ maximum—
Prévision pour la tache 1 0—
Intensité en b* (tache 0 1) ÷ maximum—
Intensité à mi-chemin (a*/2)—
Longueurs |a*|, |b*| (en 2π/a)—
Le monde à l'envers. Ce qui est grand dans l'espace réel devient petit dans l'espace réciproque : étirez le réseau en rectangle, ses taches se resserrent dans la même direction. Tournez le cristal, la figure tourne du même angle. Faites trembler les atomes, les taches lointaines s'éteignent d'abord, selon le facteur de Debye-Waller e−σ²|q|². Et placez un atome identique au centre de chaque carré (poids 1) : la tache (1 0) disparaît, parce que les ondes des deux atomes arrivent en opposition — le réseau réel est alors un carré plus petit, tourné de 45°.

Quatre siècles pour voir l'invisible

1611Kepler, dans L'Étrenne ou la neige sexangulaire, explique les six branches du flocon par un empilement de petites boules et conjecture que l'empilement en pyramide est le plus dense.
1669Niels Sténon observe que, dans le quartz, les angles entre faces correspondantes sont toujours les mêmes, quelle que soit la taille du cristal.
1784René-Just Haüy, après avoir brisé par accident un cristal de calcite, propose qu'un cristal soit un empilement de petites briques identiques : l'idée de maille est née.
1848Auguste Bravais dénombre les quatorze réseaux de l'espace.
1891Fedorov et Schoenflies, indépendamment, classent les 230 groupes d'espace : toutes les symétries possibles d'un cristal.
1912Max von Laue fait diffracter des rayons X par un cristal de sulfate de cuivre : la preuve simultanée que les rayons X sont des ondes et que les cristaux sont des réseaux.
1913William Henry et William Lawrence Bragg, père et fils, énoncent 2d sin θ = nλ et résolvent la structure du sel : il n'y a pas de « molécule » NaCl, mais un damier d'ions.
1953Le cliché 51 de Rosalind Franklin et Raymond Gosling, en forme de croix, conduit Watson et Crick à la double hélice de l'ADN.
1982Dan Shechtman observe une symétrie d'ordre 5, interdite dans un réseau : les quasi-cristaux (prix Nobel 2011).
1998Thomas Hales démontre la conjecture de Kepler ; la preuve formelle vérifiée par ordinateur aboutit en 2014.

En résumé

Décrire

Un cristal est un réseau (trois vecteurs de répétition) portant un motif d'atomes. Une seule maille, avec son décompte ⅛, ¼, ½, suffit à prédire la masse volumique du matériau.

Classer

Les symétries du réseau définissent sept systèmes et quatorze réseaux de Bravais. Les métaux préfèrent les empilements compacts à 74,05 %, le maximum possible pour des boules égales.

Lire

Les rayons X ne montrent pas les atomes, mais les plans qu'ils forment : 2d sin θ = nλ donne les distances, le facteur de structure donne le contenu de la maille — et ses extinctions trahissent le centrage.
Pour aller plus loin

Les 230 groupes d'espace. Aux quatorze réseaux on ajoute les symétries du motif lui-même (rotations, miroirs) et deux opérations propres aux cristaux : l'axe hélicoïdal (tourner puis avancer d'une fraction de maille) et le plan de glissement (réfléchir puis glisser). On obtient 230 groupes, notés en symboles de Hermann-Mauguin comme Fm3̄m pour le sel et le cuivre ou Fd3̄m pour le diamant. Le glissement et l'axe hélicoïdal produisent eux aussi des extinctions systématiques, qui permettent de lire le groupe sur le diffractogramme.

La restriction cristallographique. Un réseau n'admet que des rotations d'ordre 1, 2, 3, 4 ou 6 : l'ordre 5 est impossible. C'est pourquoi la découverte des quasi-cristaux, ordonnés sans être périodiques, a bouleversé la définition même du cristal (l'Union internationale de cristallographie parle depuis 1992 de « diagramme de diffraction essentiellement discret »).

Le problème de la phase. Un détecteur mesure l'intensité |F|² mais pas la phase de F. Retrouver la structure exige de reconstituer ces phases : méthodes directes (Hauptman et Karle, Nobel 1985), atomes lourds, diffusion anomale. C'est ainsi que l'on résout aujourd'hui des protéines de plusieurs dizaines de milliers d'atomes.

Au-delà des rayons X. La diffraction des électrons (très sensible aux surfaces), celle des neutrons (qui voient l'hydrogène et le magnétisme) et l'affinement de Rietveld, qui ajuste tout un diffractogramme de poudre, complètent la panoplie.