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Logique

L'algèbre de Boole

Quand le vrai et le faux deviennent des nombres — deux valeurs, trois opérations, et un socle sur lequel repose tout ordinateur.

George Boole publie en 1854 une algèbre où les seules valeurs possibles sont Vrai (1) et Faux (0). Quatre-vingts ans plus tard, Claude Shannon remarque que ces mêmes lois décrivent exactement le comportement d'un circuit électrique fait d'interrupteurs : un raisonnement logique devient un calcul, un calcul devient un circuit, un circuit devient une puce. C'est tout le trajet de ce cahier.

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Le monde à deux valeurs

Une variable booléenne ne prend que deux valeurs : 1 (Vrai) ou 0 (Faux) — jamais autre chose, jamais « à moitié ». Trois opérations suffisent à tout construire : NON (¬), qui inverse ; ET (∧), qui exige les deux ; OU (∨), qui se contente d'un seul. Cliquez sur les interrupteurs pour changer A et B.

Le circuit électrique (interrupteurs, pile, lampe) et la formule booléenne donnent toujours le même verdict.

A0
B0
Résultat (formule)0
Circuitéteinte
Accord circuit / formule4 / 4
La lampe s'allume exactement quand la formule booléenne vaut 1 : deux interrupteurs en série réalisent le ET (il faut que les deux laissent passer le courant), deux interrupteurs en parallèle réalisent le OU (un seul suffit), et un contact qui s'ouvre quand on l'actionne réalise le NON. C'est l'observation de Claude Shannon en 1937 : un circuit de commutation calcule une formule de Boole.
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Les lois de l'algèbre de Boole

Comme l'algèbre des nombres, l'algèbre de Boole obéit à des lois fixes — mais certaines surprennent : ici le OU distribue sur le ET tout autant que le ET distribue sur le OU, ce qui n'arrive jamais avec + et ×. Choisissez une loi : elle est vérifiée ligne par ligne sur toutes les combinaisons possibles de ses variables, sans exception admise.

Chaque case bleue = 1, chaque case claire = 0. La colonne « accord » compare membre de gauche et membre de droite, ligne par ligne.

Variables2
Lignes testées4
Lignes en accord4 / 4
Verdictloi valide
La loi est vérifiée sur toutes les lignes de sa table de vérité : elle est valide pour n'importe quelles valeurs de ses variables — c'est exactement ce que « démontrer » veut dire ici, un ensemble fini et entièrement parcourable.
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Toute fonction est une formule

Une fonction booléenne de n variables n'est qu'une table de 2ⁿ sorties : il en existe 2^(2ⁿ) au total (65 536 pour quatre variables). Sa table de vérité se relit directement comme une somme de cas particuliers — la forme normale disjonctive. La table de Karnaugh range ensuite ces cas en grille pour repérer, sans calcul, les regroupements qui raccourcissent la formule. Cliquez sur une case pour en changer la sortie.

Mintermes (sorties à 1)6
Littéraux — forme canonique24
Littéraux — forme simplifiée12
Réduction50 %
Vérification exhaustive16 / 16

Forme canonique (somme des mintermes) :

Forme simplifiée (Quine-McCluskey) :

Les deux formules — canonique et simplifiée — décrivent exactement la même fonction : c'est vérifié case par case sur les 16 entrées possibles, pas supposé. La simplification ne change jamais le résultat, seulement l'écriture.
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Des lois aux circuits

Chaque opérateur booléen se dessine comme un composant physique — une porte logique — et une formule devient un schéma. En chaînant quelques portes on obtient un additionneur : la même opération, retenue comprise, que celle qui tourne des milliards de fois par seconde dans un processeur.

Un bit d'addition : l'additionneur complet

Deux demi-additionneurs (OU-EXCLUSIF + ET) et un OU final : a+b+retenue tient toujours sur deux bits (somme, retenue sortante).

a+b+retenue0
(retenue, somme) circuit00
Vérifié sur les 8 cas8 / 8

Quatre bits en chaîne : additionner deux nombres

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11

La retenue se propage d'un additionneur complet au suivant, du bit de poids faible vers le bit de poids fort.

A binaire0110
B binaire1011
Somme (circuit)17
Somme (arithmétique)17
Écart0
Vérifié sur les 256 couples256 / 256
Un circuit combinatoire n'est qu'une formule booléenne câblée : ici, seize combinaisons possibles de (a, b, retenue) par étage, quatre étages chaînés, deux cent cinquante-six couples (A, B) — et à chaque fois le circuit retombe très exactement sur l'addition arithmétique. C'est ainsi qu'un processeur additionne : aucune magie, seulement des portes ET/OU/NON assemblées.
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Une seule porte suffit

Voici le fait le plus utile de tout le cahier : la porte NON-ET (NAND) suffit, à elle seule, à reconstruire NON, ET et OU — et donc n'importe quelle fonction booléenne. C'est pour cela qu'un circuit intégré ne fabrique presque qu'un seul motif, répété des milliards de fois.

NON = NAND(a,a). ET = NAND(a,b) puis NAND de ce résultat avec lui-même. OU = NAND des deux compléments (loi de De Morgan).

NON reconstruit1 / 1
ET reconstruit4 / 4
OU reconstruit4 / 4

Il existe exactement 2⁴ = 16 fonctions booléennes de deux variables. Chacune peut s'écrire comme une somme de mintermes (planche 3), et chaque morceau de cette somme n'est lui-même qu'un assemblage de portes NAND (ci-dessus). Cliquez sur une case pour voir le détail.

Fonctions réalisées avec NAND seul16 / 16
Le raisonnement se retourne en théorème : puisque NON, ET et OU s'obtiennent tous les trois avec NAND, et que NON+ET+OU suffisent à écrire toute table de vérité (planche 3), alors NAND seul est fonctionnellement complet. Le même résultat vaut pour NON-OU (NOR) par dualité — mais pas pour NON, ET ou OU pris isolément.

Un peu d'histoire

Synthèse

Une algèbre à deux valeurs

Trois opérations — NON, ET, OU — suffisent à tout exprimer. Elles obéissent à des lois précises (commutativité, distributivité dans les deux sens, De Morgan) qui forment une structure algébrique complète, vérifiable case par case sur des tables de vérité finies.

Toute fonction est une formule

N'importe quelle table de vérité se relit directement comme une somme de produits (forme normale disjonctive). Les tables de Karnaugh et l'algorithme de Quine-McCluskey trouvent ensuite l'écriture la plus courte, sans jamais changer la fonction représentée.

Des lois aux transistors

Chaque opérateur booléen se câble avec des portes logiques. Un additionneur n'est qu'un empilement de portes ET, OU et NON-EXCLUSIF ; et une seule porte, le NON-ET, suffit à reconstruire toutes les autres — c'est pourquoi les puces modernes répètent un unique motif des milliards de fois.

Pour aller plus loin

L'algèbre de Boole se généralise en treillis distributif complémenté ; l'anneau de Boole (𝒫(E), Δ, ∩) en est un avatar déjà rencontré dans le cahier sur les structures algébriques. Claude Shannon, « A Symbolic Analysis of Relay and Switching Circuits » (1937), fait le pont explicite avec les circuits. La complétude fonctionnelle de {NON-ET} et {NON-OU} est un cas particulier du théorème de Post sur les clones de fonctions booléennes (1941).