Cahier de statistique — test de normalité

Le test de Shapiro–Wilk

Avant d’appliquer un test de Student, une régression, une carte de contrôle… une question revient toujours : mes données sont-elles normales ? Contrairement à Kolmogorov, qui exige une loi entièrement spécifiée, Shapiro et Wilk (1965) testent la normalité sans connaître ni μ ni σ : ils mesurent à quel point les données triées s’alignent sur une droite face aux quantiles théoriques de la loi normale — la fameuse droite de Henry.

Étape 1

Les hypothèses et l’expérience

On relève n mesures (temps de réaction, en centisecondes) et l’on se demande si elles peuvent provenir d’une loi normale — peu importe laquelle.

H₀ (hypothèse nulle)
Les données suivent une loi normale N(μ, σ), μ et σ inconnus.
H₁ (hypothèse alternative)
Les données ne suivent aucune loi normale (asymétrie, queues lourdes…).
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Étape 2

La forme de l’échantillon

L’histogramme donne une première impression, que l’on compare à la densité normale ajustée sur x̄ et s. Mais l’œil est mauvais juge sur un petit échantillon : même une vraie loi normale produit des histogrammes bosselés. Il faut un critère chiffré.

Échantillon (histogramme) Densité normale ajustée N(x̄, s)
Étape 3

La droite de Henry et la statistique W

On trie les données, puis on trace chaque x(i) face au quantile normal théorique mi attendu pour le i-ième rang. Si la loi est normale, les points s’alignent. Shapiro et Wilk chiffrent cet alignement :

W = ( ∑ ai x(i) ∑ ( xi − x̄ )²   ∈ ]0 ; 1]

Les coefficients ai, calculés depuis les quantiles mi (approximation de Royston), forment la « pente idéale » : W vaut essentiellement le carré de la corrélation du graphique ci-dessous. Points alignés ⇒ W proche de 1 ; toute déformation — courbure, S, queues décrochées — fait chuter W.

( mi , x(i) ) Droite de Henry : x = x̄ + s·m
Wobs =
Étape 4

La transformation de Royston et la décision

La loi exacte de W est intraitable, mais Royston (1995) a montré que z = ( ln(1 − W) − μn ) / σn suit approximativement une loi normale centrée réduite sous H₀, avec μn et σn ne dépendant que de n. Un W trop petit devient un z trop grand : on rejette à droite.

W observé
z de Royston
z critique (α)
p‑valeur

Dans la marge : comparez les échecs sur la droite de Henry — la log-normale courbe le nuage, la t₃ décroche les deux queues vers l’extérieur, l’uniforme les rabat vers l’intérieur en S. Chaque écart à la normalité a sa signature géométrique. Et souvenez-vous : avec n très grand, W finit par rejeter des écarts minuscules et sans conséquence — la significativité statistique n’est pas l’importance pratique.