Décision sous incertitude — cas pratique
Un capital d'assurance-vie à répartir sur cinq ans entre un support garanti et un support actions, alors que le risque de récession n'est pas un nombre mais un intervalle : entre 15 % et 30 % selon le modèle conjoncturel retenu. Tous les curseurs de cette page sont vivants : les tableaux, les graphiques et le verdict se recalculent.
Un épargnant dispose d'un contrat d'assurance-vie et doit décider de la répartition de son capital pour les cinq prochaines années. Deux compartiments s'offrent à lui : le fonds en euros, à capital garanti et rendement modeste, et les unités de compte exposées aux marchés actions, plus rémunératrices mais sans garantie.
L'épargnant ne dispose pas d'une probabilité de récession, mais d'un faisceau de modèles qui la situent entre 15 % et 30 %. Impossible donc de calculer une espérance unique : chaque stratégie possède une plage d'espérances. C'est le cadre de l'incertitude par fourchette (probabilités imprécises), où les critères de choix classiques se dédoublent en versions Γ (gamma) portant sur l'ensemble de la fourchette.
Les rendements sont annualisés et nets de frais de gestion. En cas de récession, le fonds en euros conserve son rendement (les assureurs lissent grâce à la provision pour participation aux bénéfices), tandis que les unités de compte encaissent la baisse puis une reprise partielle : sur les cinq ans, le rendement annualisé devient négatif.
Cinq stratégies d'allocation, deux états du monde. Chaque case donne le capital atteint à l'horizon retenu. Un placement en buy and hold est supposé, sans arbitrage en cours de route.
| Stratégie (part en UC) | Récession | Poursuite | Amplitude | Perte en capital ? |
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Si l'épargnant exige de ne jamais sortir en moins-value nominale, même en récession, l'intérêt du fonds en euros doit absorber la perte des unités de compte. La part maximale en UC compatible avec cette contrainte est 48 %. Cette borne ne dépend pas de la probabilité de récession : elle est vraie partout dans la fourchette, et c'est ce qui la rend précieuse.
Pour une probabilité de récession p, l'espérance de capital d'une stratégie exposée à une part w en unités de compte s'écrit :
E(w, p) = Veuros + w · [ (1 − p)·VUC+ + p·VUC− − Veuros ]
Chaque stratégie donne donc une droite en p. Et toutes ces droites se coupent en un même point : la probabilité pivot p*, celle qui rend l'exposition actions exactement équivalente au fonds en euros.
Puisque p n'est pas connue, chaque stratégie n'offre plus une espérance mais un intervalle [E(pmax), E(pmin)]. Les critères de décision se répartissent alors selon le degré de prudence.
α = 0 : on ne retient que le pire de la fourchette. α = 1 : on ne retient que le meilleur.
| Stratégie | Γ-maximin | Γ-maximax | Hurwicz | Laplace | Regret max. |
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Le regret d'une stratégie est l'écart avec la meilleure décision a posteriori ; on retient ici le regret le plus fort rencontré sur la fourchette, puis on choisit la stratégie qui le minimise. C'est le seul critère des cinq qui punisse aussi l'excès de prudence.
Maximiser l'espérance conduit mécaniquement à une solution extrême : tout en UC, ou tout en fonds euros. Un épargnant réel ne raisonne pas ainsi : 100 000 € perdus pèsent plus lourd que 100 000 € gagnés. On traduit cela par une utilité à aversion relative constante :
u(V) = V1−γ / (1 − γ) (u(V) = ln V si γ = 1)
et l'on compare les stratégies par leur équivalent certain : le capital garanti qui procurerait la même satisfaction que le pari. Cette fois l'optimum est intérieur — une allocation mixte — et il varie avec p.
γ ≈ 1 : tolérant. γ ≈ 2–4 : profil d'épargnant courant. γ > 5 : très prudent.
Deux états du monde seulement, des rendements annualisés déterministes dans chaque état, aucun arbitrage en cours de route,
ni fiscalité, ni frais d'arbitrage, ni volatilité intra-période : la probabilité de progression ou de perte des unités de compte est liée à l'évolution des marchés actions qui peuvent croître ou reculer sur cinq ans.
Le modèle sert à structurer un raisonnement, non à produire un chiffre opérationnel.